CHAPITRE XII
ments les mêmes lois économiques que le crédit, que le travail, que le capital.
La concurrence est une condition de progrès, car l’humanité ne peut être semblable à ces cylindres dont les dents agissent également à leur tour, sans jamais s’attarder, sans jamais se devancer, ni faire autrement les unes que les autres, entraînées qu’ elles sont par un mouvement qui ne leur laisse ni repos, ni liberté. Supprimez la concurrence et je vous demanderai pourquoi je me courberais pendant des semaines, des mois ou des années, sur un établi, sur un livre ou sur un métier , dans le but de connaître tout ce qu’il est possible de savoir dans ma profession ou dans mon métier? A quoi bon me fatiguer à l’élude, m’exténuer à l’apprentissage ? Mon voisin, qui n’a rien appris, rien étudié, est assuré comme moi d’un salaire, et du même minimum de salaire que celui auquel j’ai droit ?
C’est de la concurrence qu’est née l’émulation, et c’est elle, elle seule qui donne le succès. Demandez à l’ouvrier intelligent pourquoi il s’applique avec ardeur et travaille de si bonne volonté ? C’est pour que le patron s’aperçoive de son zèle, le préfère à ses concurrents et l’embauche de nouveau. Interrogez le fabricant, le
LA CONCURRENCE
mécanicien, l1 architecte ; ils vous diront qu’ils cherchent de nouvelles combinaisons de tissage, de nouveaux moteurs, de nouvelles distributions d’appartements pour obtenir la préférence de leurs clients. Supprimez la concurrence et, nous le répétons, l’espèce humaine s’abêtit.
La loi qui régit cette matière peut être formulée ainsi : Dans toute situation économique le progrès est en raison directe de la concurrence qui s’y produit.
Mais, dira-t-on, et c’est là le grand reproche, la concurrence peut déterminer le progrès général, mais c’est au prix de misères privées effroyables ; le progrès qu’elle nous apporte, c’est un char de Jaggernaut qui n’avance qu’en écrasant des milliers de victimes, car la concurrence entre travailleurs fait réduire les salaires et aboutit à la suppression, par la faim et la mort, d’un certain nombre d’ouvriers.
Voilà la question telle que la posent ordinairement les adversaires de la concurrence, et c’est en la posant ainsi qne l’on a hurlé tant d’accusations mensongères contre l’industrie.
Nous nions hautement, formellement, quant à nous, que la concurrence aboutisse jamais à la suppression d’un certain nombre d’ouvriers,