‹ Les lois économiquesChapitre 136 sur 239 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

et nous allons montrer que c’est le contraire qui est la vérité.

La concurrence que se font les ouvriers entre eux a pour effet, il est vrai, de réduire les salaires; mais cette réduction de salaires faisant baisser le coût de production, la consommation s’élargit et le nombre des travailleurs augmente.

Voyez donc ce qui s’est passé dans toutes les industries, sans exception, depuis que la liberté du travail existe, depuis que le capital et le crédit ont multiplié les moyens de production, depuis que l’intelligence a évoqué une foule d’agents naturels, que la concurrence a introduit les machines et décrété le règne du bon marché. Vous comptiez autrefois quelques centaines de copistes, vous avez aujourd’hui de cent à deux cent mille compositeurs, sans compter les fondeurs, les relieurs, les brocheurs, graveurs, imprimeurs, etc., etc. Vous aviez quelques centaines de voituriers, de cochers, de conducteurs, les chemins de fer ont des milliers de chauffeurs, de mécaniciens, de conducteurs et de gardes. La France possédait cinq à six usines métallurgiques; dira-t-on que les quarante ou cinquante autres qui sont venues leur faire concurrence ont réduit le nombre des ouvriers? Et

276 LA CONCURRENCE

les nouvelles extractions de houille ont-elles fait combler les anciens puits et forcé les entrepreneurs à jeter leurs ouvriers sur le pavé?

Mais, répliquera-t-on, ce sont là les résultats généraux qui se produisent à la longue, et tous ces progrès ne sont, en définitive, accomplis qu’en sacrifiant des milliers de travailleurs; car quand un patron vient embaucher des ouvriers, il engage ceux qui offrent leur travail au taux le plus bas et laisse les autres chômer : ce sont ces derniers qui sont les victimes de la concurrence, et ceux qui travaillent n’obtiennent juste que le salaire qui empêche de mourir de faim !

Quand le patron a besoin de dix ouvriers, s’il s’en présente vingt, il en laisse chômer dix, sans aucun doute; le nombre des ouvriers qu’il embauche est toujours proportionnel à l’ouvrage dont il peut disposer. Mais est-ce la faute de la concurrence, la conséquence du rabais dans les salaires ?

Grâce au rabais effectué dans le taux du salaire, le patron engagera, au contraire, douze ou quinze ouvriers au lieu de dix; car il peut raisonnablement supposer que la réduction qui va s’opérer dans le coût de sa fabrication lui

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