CHAPITRE XIII
associés. C’est donc commettre une injustice envers ceux qui ont besoin de se servir de la voie des canaux que de leur imposer une charge additionnelle à raison de l’usage qu’ils peuvent en faire.
La création d’un canal ou autre travail de ce genre est si véritablement une chose d’utilité générale que l’Etat, qui représente l’universalité des intéressés, n'hésite pas à recourir à la suspension, ou, si l’on aime mieux, à la violation de la loi qui garantit à chacun sa propriété. Il s’empare, moyennant indemnité, il est vrai, de toutes les terres sur lesquelles le canal doit être construit. Quand une chose présente un caractère d’utilité commune assez évident pour, du consentement de tous, faire taire la loi fondamentale de la société, cette chose, qu’on l’appelle puits, canal ou chemin de fer, doit être comme l’air, comme la mer, le vent , les routes et les places publiques, son usage doit être commun, c’est-à-dire libre et gratuit pour tout le monde.
Des réclamations nombreuses se sont donc élevées, et avec juste raison, contre la possession de propriétés de cette nature par des compagnies particulières, et le gouvernement y a fait droit en partie par le rachat des quatre canaux.
L’ASSOCIATION
Ce rachat était nécessaire et conforme aux saines données économiques, parce qu’il supprimait un monopole pour mettre l’intérêt général à sa place ; mais la mesure ne sera complète que le jour où le parcours sera déclaré libre et affranchi de tous droits. Entre les canaux et les routes il y a parité absolue.
Nous 1 avons déjà dit, les chemins de fer aussi devront faire retour à l’Etal, parce que la nature des chemins de fer, les conditions de leur exploitation empêchent que la concurrence puisse jamais s’établir dans ce genre d’industrie. On avait bien compris, dès les premiers jours de leur invention, combien il était antisocial et dangereux de laisser le monopole et le privilège maît res absolus du parcours et de l’exploitation. Les cahiers des charges des premiers chemins de fer stipulaient en faveur du public une sorte de liberté. Sur les lignes de Rouen et d’Orléans, entre autres, chacun avait le droit de venir avec sa locomotive demander passage ; chacun avait le droit de venir avec ses wagons demander la traction : dans l’un et l’autre cas, la compagnie devait donner passage ou fournir la traction, moyennant une rétribution débattue.
La loi avait atténué, autant qu’il était possible