CHAPITRE XIII
les travailleurs, laisser moins de chances au hasard, faire participer tous les associés aux bénéfices de la civilisation.
L’établissement des chemins de fer n’est pas seulement un fait matériel, c’est encore et c’est surtout un nouveau moyen conquis par l’homme pour se perfectionner au moral comme au physique.
Comme nous l’avons dit en commençant ce livre, le temps n’est plus où l’économie politique n’avait d’autre but que de chercher à découvrir les sources de la richesse et les meilleures méthodes de répartition, il lui faut tenir compte aujourd’hui de l’homme plus que du produit, du bien-être plus que du travail, de l’intelligence et de la moralité plus que de l’avoir ou du capital.
Il est dans les inventions de tout genre une progression qui nous frappe et découle sans aucun doute de quelque grande loi économique : c’est l’accroissement et le développement continu de leur universalité quant à l’emploi ou l’usage que l'on peut en faire, quant aux avantages que l'on peut en retirer. Il semblerait que les inventions n’étant en général que des applications ou des combinaisons d’idées en circulation depuis
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longtemps, leur action doit se faire sentir dans le champ même d’où elles sortent, dans le milieu commun où elles ont été élaborées. Ainsi tracez à grands traits l’histoire de la locomotion depuis le jour où le premier voyageur s’éloigna à travers champs un bâton à la main et un sac sur le doc, jusqu’au moment où la locomotive est apparue, emportant des milliers de voyageurs dans sa course calculée et tracée à l’avance, et vous serez étonné de voir comment le principe de la collectivité d’action appelle incessamment celui de la communauté d’intéréts.
Il importe donc de ne pas l’oublier , ce n’est pas exclusivement pour faire la fortune de quelques actionnaires que l’heure des chemins de fer a sonné dans la série des temps : le développement de la civilisation est d’un intérêt bien autrement grand que l’accroissement des richesses de cet homme ou de cet autre, et l’avancement du bien-être général exige impérieusement la libre et gratuite circulation sur les chemins de fer.
Mais en négligeant même le côté moral de la question et nous en tenant à sa partie matérielle, nous dirons : que les chemins de fer sont venus donner à l’homme le moyen d’effacer bien des