CHAPITRE XIV
conséquence directe du principe si salutaire de la division du travail.
Les nations peuvent , sous ce rapport, être considérées comme de grandes usines; quand elles sont en mesure de produire par elles-mêmes et à des conditions aussi avantageuses que si elles achetaient au dehors les produits dont elles ont besoin, la justice et le bon sens veulent qu’elles les créent elles-mêmes. Mais si, par des circonstances de climat ou de position , de richesse ou de population, elles ne peuvent produire tout ce dont l’usage leur est nécessaire, la justice et le bon sens veulent alors qu elles se le procurent là où la production est la plus économique, la plus facile et la plus abondante.
Voyez si, dans les usines les mieux administrées et les plus prospères, on suit les maximes qui ont si longtemps prévalu parmi les gouvernements, qu’il faut se suffire à soi-même et qu il importe de ne pas être tributaire de telle ou telle autre entreprise !
Que dirait^ on d’un filateur qui consacrerait chaque année une partie des profits qu’il retire de 1 exploitation de son usine à faire des essais, à donner des encouragements à ses fermiers pour If's engager à produire le coton dont il a besoin?
La France, cependant, 11e fait pas autre chose, en primant et privilégiant les planteurs algériens qui essayent la culture du coton sur les versants de l’Atlas.
Le succès, dira-t-on, a justifié en plusieurs occasions des entreprises de ce genre, et l’introduction de la culture de la soie, le triomphe assuré aujourd’hui à la sucrerie de betterave sont là pour montrer qu’avec de la persévérance on peut forcer la nature et détourner le courant naturel des phénomènes économiques.
Une étude sérieuse et approfondie de ces deux questions prouverait, nous le croyons, que Sully avait raison quand il opposait à Henri IV des raisons tirées de la diversité des climats, de la différence des productions de l’Orient et de l’Occident, et de la dissemblance des aptitudes des hommes, que ces différences, ces dissemblances, ces diversités n’avaient d’autre but que de forcer les hommes à commercer entre eux, à échanger leurs produits, à s’entr aider les uns les autres.
La culture du mûrier et l’élève du ver à soie sont aujourd’hui nationalisés parmi nous ; mais à quel prix? Qui dira ce que les générations