CHAPITRE XIV
passées ont donné de temps et de travail, d’argent et de peine, pour arriver à ce résultat?
On a fait et on fait encore assez souvent des calculs pour montrer tout ce que la culture de la betterave a coûté et coûte encore d’argent à la France : c’est une somme énorme, mais ce n’est rien en comparaison du mal que cette culture a fait à l’humanité, en arrêtant le développement des rapports qui se seraient établis entre la France et vingt autres nations pour l’échange de leurs produits.
Qui oserait affirmer que si la Chine n’est pas sortie plus tôt de l’état d’isolement et de civilisation asiatique dans laquelle elle est ensevelie depuis des siècles, c’est qu’au lieu d’aller lui tendre la main, nous qui avons trouvé avant elle la route du progrès, nous nous sommes tenus à l’écart, et, autant que nous l’avons pu, nous l’avons tenue en dehors de notre action civilisatrice ?
Il est à remarquer, en effet, qu’en forçant la culture du mûrier et l’élève du ver à soie, Henri IV faisait les choses à rebours. Le cours naturel de l’évolution économique demandait que le filage, la teinture et le tissage de la soie s’introduisissent tout d’abord en France et préparassent la voie à la production dans nos cam-
pagnes de la soie grége. Que Ton ne dise pas que la France n’aurait jamais possédé sa belle industrie des soies, si elle ne se fût pas livrée à la sériciculture : l’Angleterre, la Prusse et la Suisse sont là pour prouver qu’un pays peut travailler la soie et ne pas la produire. La loi économique de la division du travail est une loi humanitaire : elle a pour but de relier tous les peuples entre eux, d’en faire des frères et des amis. Il est à remarquer que plus la civilisation d’un pays est avancée, et plus il a besoin de communiquer avec le dehors, plus il a besoin de multiplier ses échanges avec les autres pays.
C’est que la civilisation est hautement expansive et que la loi économique veut qu’elle s’inocule aux peuples attardés.
Prenez l’une après l’autre toutes les nations qui sont en marche vers le progrès, et vous reconnaîtrez à quel degré d’avancement elles ont atteint, en étudiant la nature et l’étendue de leurs rapports, de leurs échanges avec l’étranger.
La loi économique de la division du travail, comme toutes les autres lois dont nous avons eu occasion de signaler l’existence, est donc conforme à toutes les aspirations de l’homme, est