CHAPITRE I
légitimes sont harmoniques, il ne peut pas se iaire qu’un seul soit froissé, qu’une liberté soit faussée, sans que la société en éprouve un malaise dans quelqu’un de ses membres, une souffrance dans quelqu’une de ses classes.
Ainsi nous avons vu que dans l’Égypte, où toutes les libertés sont confisquées au profit du vice-roi, où tout est monopole au profit du viceroi, la misère est générale, le sort de la population entière est au-dessous de l’état auquel nous donnons en Europe le nom de paupérisme.
Imaginez une nation chez laquelle la culture et la vente du sucre et des tabacs est un monopole, chez laquelle l’État fabrique et vend le sel, chez laquelle encore la fabrication et la vente des fers est privilégiée, la filature et le tissage des soies, des laines et des colons sont réservés à quelque compagnie exclusive, et celte nation renfermera un contingent de misère presque aussi considérable que celui de l’Égypte. A mesure cependant que vous diminuerez le nombre des monopoles, le chiffre des malheureux décroîtra ' le bien-être et l’aisance se généraliseront en même temps que la liberté, parce que le travail se développera et sera mieux rémunéré.
L’économie politique nous enseigne donc que
ce n’est pas à la liberté qu’il faut attribuer les souffrances dont se plaignent avec raison un si grand nombre de travailleurs : cherchons bien et nous reconnaîtrons que là où l’industrie semble vouer les populations à la misère, il y a manque de liberté soit pour le travail, soit pour le capital, soit pour l’intelligence, soit pour le crédit.
À mesure que Y on étudie et que l’on creuse ce problème de la misère, on entrevoit encore d’ autres vérités que le temps, la discussion et la science révéleront en entier, nous n’en doutons pas.
Nous avons déjà dit à plusieurs reprises que si les principes sur lesquels se basent les doctrines économiques sont vrais, ils sont de tous les temps et de tous les lieux. Partout, depuis le commencement des sociétés, l’abondance a créé le bon marché, le travail a accumulé des richesses, la division du travail a perfectionné la fabrication, la concurrence a déterminé le bon marché, et la liberté des transactions a fait prendre aux prix leur niveau naturel. Nous insistons sur ce point, car nous y voyons une des plus grandes preuves que l’on puisse donner de la vérité de ces principes : la pérennité ne s’allie pas avec l’erreur.
Si donc il en est ainsi pour ces quelques principes, l’esclavage dans les temps passés a dû pro-