CHAPITRE I
(luire des effets tout semblables à ceux que nous pouvons constater aujourd’hui. Partout où des bandes d’esclaves sont occupés aux travaux d’agriculture, d’industrie et de domesticité, il se produit aujourd’hui et il s’est toujours produit un fait très-remarquable : c’est l’absence ou la disparition complète du travail libre et rémunéré. Le salaire s’en va pour faire place au joug et au fouet.
Que devient donc toute cette partie de la population qui, dans les pays d’où l’esclavage est exclu, vit des salaires quelle gagne à la sueur de son front? Devient-elle propriétaire? devient-elle esclave? meurt-elle?
A Athènes, cette partie de la population menait une vie assez oisive, émigrait assez souvent, allait se faire tuer à la guerre, et vivait à Athènes même de quelques drachmes qu’elle recevait du trésor public pour droit de présence aux assemblées publiques, à l’aréopage et autres lieux de réunion politique.
A Piome, l’homme libre sans fortune s’enrôlait dans ces immenses légions qui allaient piller les plus riches contrées de l’Europe et de l’Asie, et le but constant de son ambition était d’obtenir quelque portion de Yager publiais , des terres vo-
lées aux vaincus. Puis, quand ce brigandage tira forcément vers sa fin, il resta oisif à Rome, encombra les portiques et se mit à crier : Panem et circenses! Quand ils n’ eurent plus rien à confisquer, les empereurs furent obligés de nourrir les citoyens romains qui n’avaient ni patrimoine, ni industrie, inoccupation d’aucune espèce, c’està-dire la plèbe, les prolétaires : c’était une des conditions inévitables de la constitution économique de Fempire. Dans la Virginie, dans la Louisiane, le Mississipi, l’Alabama, les deux Carolines, la Floride, etc., pareils phénomènes économiques se présentent. Là encore il n’y a pas de travailleurs libres; le travail esclave s’y oppose. Que deviennent-ils donc? Serait-ce à dire que l’esclavage n’engendre pas la misère? Serait-il vrai, qu’en sacrifiant la liberté, la dignité, l'intelligence de quelques milliers de malheureux, le reste de la nation peut couler à tout jamais des jours filés d’or et de soie ?
Non ! ce qui se passait à Rome et à Athènes se passe encore de nos jours à Charleston, à la Nouvelle-Orléans, à Savannah : l’esclavage y rend le travail moins productif que partout ailleurs, et accroît par là l’écart entre le besoin et la satisfaction. L’esclavage américain engendre donc fa