CHAPITRE XV
rail en vêtir si toutes les filatures étaient remplacées par les anciens rouets à la main ou le fuseau, et vous serez effrayé de la solitude qui se ferait dans nos champs et dans nos villes.
Si jamais la machine à vapeur remplace les bêtes de trait quant au labourage, les cultures s’agrandiront, les haies et les clôtures se retireront en arrière et de grandes exploitations se fonderont là où diverses familles vivent aujourd’hui au moyen d’une pénible culture. Comme tous les principes économiques sont harmoniques et ne peuvent être basés que sur la justice et l’équité, on se gardera de croire que le partage égal des héritages puisse être un empêchement au nouvel état de choses dont il est facile de prévoir déjà la venue.
Le principe de l’association, la mobilisation des litres de propriété faciliteront étrangement l’adoption des nouvelles méthodes, et les propagera plus rapidement peut-être que ne l’aurait fait la grande propriété restée indivisible. Le morcellement des terres nous conduit forcément à l’association et à la mobilisation de la propriété, car il ne résulte pas nécessairement du partage égal des héritages que tout héritier doive cultiver la part qui lui revient.
LES MACHINES
Quand l’invention des chemins de fer s’est produite, personne n’était assez riche pour entreprendre leur construction et leur exploitation; les gouvernements, qui représentaient la société tout entière, auraient seuls pu les établir, nous disons même qu’ils auraient dû le faire, mais leur refus n’empêcha pas le progrès de s’accomplir; les petites bourses se cotisèrent, les petits capitaux se réunirent, et grâce à l’association le monde a vu s’ouvrir de tous côtés ces merveilleuses voies de communication.
L’avénement de nouveaux moyens mécaniques pour cultiver la terre ne sera nullement retardé par la constitution de la propriété en France. L’invention viendra à son jour et à son heure, et ce jour-là le terrain sera déblayé, les préventions seront écartées : l’association se fera sur une grande échelle, et l’application des nouvelles forces motrices ne rencontrera pas plus de difficultés que n’en a trouvé le mull-jenny, le laminoir, ou la presse à imprimer.
Si nous venons de parler si longuement de la charrue, c’est quelle est une machine, tout aussi bien et au même titre que le métier à faire du tulle, que le métier à bas ou la scierie mécanique.