‹ Les lois économiquesChapitre 163 sur 239 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

bon de quelque nouvelle machine. On a vu les travailleurs, aveuglés par la passion, parfois entraînés par l’ignorance et souvent poussés par la misère, se ruer avec fureur sur des mécaniques qui venaient leur apporter un travail plus facile, des salaires plus élevés et des produits moins chers. Non-seulement ils méconnaissaient leurs meilleurs intérêts, mais ils violaient les droits et la liberté de leurs semblables en détruisant 1 œuvre et la propriété d’un travailleur leur égal. Ils oubliaient que le droit de leurs bras ne s’étend pas jusqu’à la négation du droit de l’intelligence, et que s’ils peuvent incontestablement retirer tout ce qu’ils veulent de leur force, de leur patience, de leur adresse, celui dont le génie et le savoir ont pu combiner une puissance productive a pareillement le droit de lui faire rendre tout ce qu’elle peut donner.

Il semblerait parfois , nous ne l’ignorons pas, qu’il va opposition, antagonisme entre le droit du travail et celui de l’intelligence ; il s’est trouvé des occasions où, comme à l’époque de l’introduction des machines à filer et des machines à tisser, on vit en Angleterre des milliers d’ouvriers réduits tout à coup à un chômage forcé, mortel !

324 LES MACHINES

Serait-ce donc que le progrès doit toujours faire des victimes? Ne peut-il s’accomplir sans creuser un sillon de larmes et de misères ?

Nous sommes profondément convaincu du contraire. La voie du progrès serait unie et sans secousses si l’homme, par des institutions qui froissent tous les droits, qui violent toutes les libertés, ne creusait pas à chaque étape de véritables abîmes qui ne peuvent se combler qu’à force de souffrances. Dans tout pays où tout travailleur jouira d’une liberté complète, liberté du travail, liberté du capital, liberté du crédit et liberté de l’intelligence, le progrès marchera rapidement, répandra partout ses bienfaits sans écraser personne sur son chemin. Dans tout pays au contraire où le travail est privilégié par-ici, opprimé par-là, où l’intelligence est enchaînée, ! tout pas en avant se fera par soubresauts, et ressemblera plus à une chute, à une catastrophe, qu’à un triomphe sur la matière , qu’à une victoire sur la fatigue et le besoin.

Si donc l’introduction de certaines machines a été accompagnée de souffrances et de sacrifices, , accusons-en les institutions économiques, qui d une part avaient surexcité outre mesure l’extension d’industries basées sur le privilège

Page 1