CHAPITRE XVI
car, pour qu’elle subsiste , il faut que la somme du bien dépasse celle du mal, autrement c’est la destruction qui prédomine, c’est la ruine, c’est la mort.
Comment concevoir que le monde devienne de jour en jour plus riche, si chaque homme qui s enrichit en appauvrit un autre , si chaque échange ne produit des bénéfices d’un côté que pour se solder de l’autre en perte? Il est évident que si les choses se passaient ainsi, le résultat de toute opération, prise au point de vue général, serait adéquat à zéro; la perte de l’un annulerait le profit de l’autre, le progrès n’existerait pas; le statu quo immuable, infranchissable, aurait été la loi du monde depuis son commencement.
Avec la doctrine que le profit de l’un est toujours la perte de l’autre, l’homme ne peut voir dans son semblable qu’un ennemi; nous ne sommes plus frères, nous nous entre-dévorons; le plus fort, le plus habile ou le plus fourbe, doit nécessairement exploiter , tyranniser, ruiner le plus faible et le plus honnête. Avec la doctrine contraire, celle qui est la vérité, l’homme devient solidaire de son semblable, il y a association tacite entre tous ; ils dépendent les
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uns des autres et se rendent mutuellement service.
L’analyse d’un échange de valeurs prises au hasard montrera avec la plus grande évidence comment il se fait que le troc ou la vente de deux objets offre au vendeur comme à l’acheteur une source ou une chance de profit. Nous disons avec intention une source ou une chance de profit, car nous sommes loin de prétendre qu’il y ait toujours avantage pour les deux parties. Il arrive parfois que l’un des deux échangistes fait ce que l’on appelle un mauvais marché : il vend sa marchandise au-dessous de sa valeur, ou il acheté celle qu’il prend en échange plus qu’elle ne vaut. C’est une affaire d'appréciation ou d’habileté personnelle qui n’infirme en rien le principe, que tout échange librement consenti profite aux deux intéressés.
Ceux qui maintiennentl’ opinion contraire ont pris pour une opération simple et indivisible ce qui nous offre réellement deux faits distincts et séparés. Si Pierre donne un cheval en échange de vingt hectolitres de froment que lui cède Paul, i il y a dans cette opération plus qu’une vente et plus qu’un achat, il y a de toute nécessité deux ventes et deux achats. Pierre a vendu son cheval