CHAPITRE XVI
et acheté du blé, mais Paul de son côté a vendu du froment et acheté un cheval.
Qui osera dire que Pierre s’est enrichi aux dépens de Paul? Pourquoi ne serait-ce pas Paul qui aurait profité d’une perte que Pierre aurait faite ?
N’est-il pas plus raisonnable de penser qu’ils ont l’un et l’autre profité de l’échange? Et, dans le cas où l’échange a été fait librement, n’est-ce pas le bénéfice qu’ils y voyaient l’un et l’autre qui lésa décidés à l’effectuer? Pourquoi, en effet, Paul aurait-il donné son grain contre le cheval de Pierre, s'il devait perdre par cet échange, et pourquoi Pierre aurait-il cédé son cheval contre le froment de Paul s’il ne voyait que de la perte à cet échange !
Si donc l’opération a été librement consentie de part et d’autre, il y a eu profit des deux côtés, car Pierre a donné une valeur dont il pouvait se passer en échange d’une marchandise dont il avait besoin, et Paul a livré un objet qui lui était relativement inutile pour s’en procurer un autre qui lui faisait défaut.
Toutes les fois qu’un homme échange une chose qui lui est inutile, ou dont il peut se passer, contre une autre chose qui lui est utile ou qui lui
336 L’ÉCHANGE
faisait défaut, cet homme s’enrichit, tout en rendant service à celui avec lequel il a commercé. Le profit mutuel qu’ils retirent tous les deux de l’échange prouve outre mesure l’harmonie des intérêts privés, la solidarité des besoins et des travaux de l’homme.
Un cultivateur produit quatre hectolitres de blé, son voisin en produit huit : si nous supposons que quatre hectolitres de froment suffisent à la consommation d’un homme, ces deux agriculteurs seront aussi riches l’un que l’autre, aussi longtemps que le producteur des huit hectolitres n’aura pas échangé la partie dont il n’a pas besoin pour sa consommation. Il possède, il est vrai, quatre hectolitres de blé de plus que son voisin; mais comme ce blé lui est complètement inutile, c’est un avoir mort, sans valeur. S’il vient à échanger ce blé, cependant, contre du vin ou du drap, sa richesse se développe, il peut satisfaire des besoins qui, chez son voisin, resteront toujours inassouvis.
Mais, dira-t-on, ces quatres hectolitres de blé étaient sans valeur pour ce cultivateur, puisqu’il ne pouvait les consommer, en les échangeant cont re des objets ayant une valeur, il a commis