‹ Les lois économiquesChapitre 18 sur 239 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

misère ; seulement les trésors des Etats esclaves ne paient à leurs citoyens pauvres ni dollars, ni cents et ne leur donnent ni circenses ni panem , là, l’homme qui n’est pas assez riche pour posséder un ou plusieurs noirs dont le travail le nourrira, émigre dans les États du Nord où le travail libre est rémunéré. Il a encore une ressource qui ressemble assez aux enrôlements des Athéniens et des Romains : il s’engage dans une de ces expéditions de flibustiers qui vont tantôt annexer le Texas, tantôt conquérir la Californie, ou subjuguer le Mexique, et qui menacent incessamment la Havane.

Avions-nous raison de dire qu’il existe une certaine solidarité entre les hommes de tous les climats et de toutes les races, d’ou naît pour eux le besoin de n’admettre dans leurs institutions et de ne suivre dans toutes leurs actions que les principes fondés sur le droit, sur l’égalité et sur la liberté.

Nous venons de voir que l’esclavage exclut d une manière absolue le travail libre : le servage, état dans lequel l’homme n’est pas tout à fait ravalé au niveau de la bête brute, le servage n’est pas tout à fait incompatible avec une certaine libertéd’occupation. Il y a en Russie quel-

ques travailleurs libres ou salariés, mais ils y sont à l’état d’exception, et leur petit nombre amoindrit même pour eux les avantages qu’ils devraient retirer de leur indépendance relative, et leur production est des plus insignifiantes.

Plus la constitution sociale d’un peuple assure à ses travailleurs la liberté de leurs bras, de leur intelligence, de leur capital et de leur crédit, et plus leurs produits ont de prix, et plus leur travail leur est profitable.

Mais si l’on nous concède que l’esclavage et le servage engendrent la misère, on nous demandera peut-être comment il se fait qu’elle s’est développée avec tant de violence dans le pays dont les institutions politiques repoussent absolument l’esclavage et le servage et dont la constitution économique assure à tous la liberté du travail ?

La liberté du travail n’a pas, il est vrai, garanti l’Angleterre des atteintes delà misère ; mais, nous croyons pouvoir le démontrer, c’est parce que cette liberté est loin d’être complète, et qu’elle est d’origine trop récente. Abolissez, en Angleterre, ces privilèges féodaux et ecclésiastiques qui font que la grande majorité de la nation n’est, pour ainsi dire, que campée sur le sol, qu’elle n’a aucun droit à la possession de la terre ; ne limitez

Page 1