CHAPITRE XVI
un véritable vol, il s’est enrichi aux dépens de son échangiste!
Il ne pouvait consommer, il est vrai, ces quatre hectolitres de blé, mais leur production lui avait coûté des peines, des travaux, du temps, des fatigues, et il les échange contre du vin, contre du drap, qui étaient relativement inutiles à son acheteur de blé ; car si cet acheteur avait besoin de drap ou de vin et n’avait nul besoin de blé, il se serait bien gardé de faire l’échange.
L’echange donne donc une valeur à des richesses qui, sans cela, resteraient mortes ou plutôt ne seraient pas produites.
Ainsi, bile de la Réunion, qui compte environ 110,000 habitants de toute classe et de toute couleur, produit aujourd’hui près de 50,000,000 kil. de sucre : en supposant qu’elle en consomme
2.000. 000 kilog., soit l’énorme quantité de 18 kilog. par tête, il en reste 48,000,000 qu’elle exporte. Si la Réunion n’échangeait pas avec la métropole ou avec les pays étrangers ces
48.000. 000 kilog., il est clair que toute cette quantité de sucre serait sans aucune valeur, puisque les habitants ne pourraient la consommer, ou plutôt ils se garderaient bien de dépenser du travail à la produire.
338 L’ÉCHANGE
Appliquez ce même raisonnement aux producteurs de vins, de soieries, de cotonnades, de meubles et autres objets que les habitants de la Réunion reçoivent en échange de leur sucre et vous avez la complète justification non-seulement du commerce, mais des fatigues et des travaux, des soins et des dépenses auxquels se sont assujettis les producteurs de sucre d’une part, et de l’autre les fabricants de meubles, de cotonnades ou de soieries.
Avons-nous besoin d’ajouter que toutes ventes, dans lesquellés entre un paiement en argent, offrent les mêmes conditions de mutualité de services que les échanges de marchandises contre marchandises? L’argent n’intervient dans l’échange que pour le faciliter en se substituant aux objets que l’un des échangistes ne possède pas et que l’autre désire se procurer.
En disant que le commerce n’est autre chose que l’art d’acheter 3 francs ce qui en vaut 6 et de vendre 6 francs ce qui en vaut 3, Proudhon semble ne pas se douter qu’il condamne le travailleur qui vend sa journée de travail deux, cinq ou dix francs.
Il est vrai que l'usage fait donner le nom de louage à l’acte par lequel l’ouvriei s’engage à