CHAPITRE XVI
travailler moyennant salaire ; mais c’est donner au mot de louage une fausse acception, car le travailleur fait acte de vente en donnant son temps à son patron. L’engagement du travailleur participe du louage et de la vente : il loue l’usage de ses forces ou de son habileté, de son savoir ou de son expérience, puisqu’à la fin de l’engagement il rentre en pleine et entière possession de son habileté et de ses forces, de son expérience et de son savoir, comme le propriétaire d’une maison en reprend possession après le terme d’années ou de mois pour lequel il l’avait louée. Mais il vend le temps qu’il emploie puisqu’il n’en reprend jamais possession; le temps est une partie de son avoir qu’il a aliéné à toujours. Or, il y a vente toutes les fois qu’il y a aliénation irrévocable, perpétuelle.
Osera-t-on dire que le travailleur commet un vol à l'américaine en se faisant rémunérer la valeur du temps qu'il a échangé contre quelques pièces d’argent? Voilà pourtant à quoi aboutissent les paradoxes de saint Jérôme et de Proudhon sur l’échange et le commerce.
L’échange n’est pas né du désir de profiter des besoins, de la faiblesse ou de l’ignorance de nos semblables; il procède sans aucun doute du dé-
L’ÉCHANGE
sir d’améliorer notre position, d’accroître notre bien-être j mais telle est l’harmonie de toutes les branches du système économique, que le moyen qui nous est ainsi donné de satisfaire des besoins à l’aide du travail d’autrui profite en même temps et d’une manière égale à ceux dont nous invoquons le concours.
C est dans la mise à exécution du principe de la division du travail que l’idée du commerce ou de l’échange a pris naissance. Chaque travailleur, pi oduisant certains objets en plus grande quantité qu’il ne peut en consommer, et ne pouvant, à cause de cela, produire toutes les choses dont il a besoin, il s adresse à tel ou tel autre producteur et leur donne, en échange d’une partie de l’excédant de leur travail, une fraction de ce qu’il a lui-même produit au delà de ses besoins. Nous avons dit que plus les peuples étaient civilisés et : plus le travail se trouvait divisé en branches innombrables et réparti entre un plus grand nombre d’individus; nous confirmerons cet aperçu en ajoutant que plus est grande la civilisation d’un paj s et plus sont considérables les échanges que .ont ses habitants soit entre eux, soit avec les étrangers.
On peut donc affirmer que la loi économique