‹ Les lois économiquesChapitre 173 sur 239 · CHAPITRE XYI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XYI

de F échange veut qu’il se développe en raison exacte de la division du travail, et s’étende proportionnellement au progrès de la civilisation.

Reportez-vous par l’imagination aux premiers âges du monde, ou ce qui revient presque au même, allez visiter les gourbis et les tentes des Arabes nomades, vous verrez ces hommes immuables dans leurs habitudes se suffire à euxmêmes comme autrefois les patriarches qui vivaient du lait et de la chair de leurs troupeaux et se vêtissaient des toisons de leurs brebis, toisons que filaient et que tissaient leurs femmes et leurs esclaves. Ces peuples sont restés, sous ce rapport, à l’état d’enfants, et cependant la force expansive de la civilisation européenne n’a pas été sans modifier les préjugés qu’ils nourrissaient depuis tant de siècles en faveur de leurs coutumes traditionnelles, car le besoin de la conservation, la nécessité de la défense les a forcés à venir échanger une partie de leurs laines contre des balles, des fusils et de la poudre!

Le peup.equi n’a qu’une agriculture restreinte et routinière, qui ne connaît d'autres industries que celles dont les produits sont destinés à la satisfaction des besoins les plus usuels de l’hom-

L’ÉCHANGE

me, le peuple qui ne connaît ni les arts, ni les sciences, ce peuple-là ne pratique pas le commerce et ne fait pas d’échanges ; il croupit dans 1 ignorance et la misère, il viole la première loi de la nature, il oublie que l’homme est né pour vivre en société, non pas en société d'une famille, d une tribu, d’une nation, mais de l'humanité tout entière.

On a souvent dit : Heureux les peuples qui se suffisent à eux-mêmes, heureux l’homme qui se contente de peu !

Nous n’hésitons pas à le dire, c’est là une maxime aussi fausse et aussi pernicieuse que celle de saint Jérome sur l’origine des richesses. La vérité est que les peuples les plus heureux sont ceux qui éprouvent incessamment de nouveaux besoins, car ces besoins ne naissent et ne se manifestent que quand les moyens de les satisfaire, au prix d’un peu de travail, leur sont donnés en abondance.

Le travail est la loi de l’humanité, et c’est ravaler l’homme au niveau de la brute, plus bas encore, c est le faire descendre au rang des végétaux, qne de vouloir qu’il soit sur terre pour croître et consommer dans l’oisiveté et s’abêtir dans l’isolement et l’immobilité.

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