CHAPITRE XVI
L'isolement des nations est aussi funeste que l’isolement des individus.
Nous croyons l’avoir déjà fait remarquer; l’harmonie de toutes les lois économiques entre elles produit ce résultat merveilleux que l’homme civilisé ne peut pas satisfaire les innombrables besoins, aspirations ou fantaisies que lui donne la civilisation, sans aller inoculer aux autres hommes une partie de ses connaissances , sans leur donner une partie de ses produits, sans les élever de quelques degrés vers le niveau auquel il est arrivé. Reconnaître cette vérité, n’estce pas admettre que tous les hommes ont des intérêts semblables et harmoniques, n’est-ce pas dire qu’ils sont responsables les uns envers les autres et solidaires les uns des autres?
Ou donc trouver la base des principes contraires sur lesquels on a jusqu’ici fondé les législations commerciales de toutes les nations? Où trouver la source de ce prétendu droit qu’auraient les peuples de fermer leurs frontières à tel ou tel produit, dans un lâche et stupide isolement, sous prétexte de favoriser le développement de leur travail?
Il est un fait extrêmement curieux que nous devons faire ressortir, c'est que plus les peuples
L’ÉCHANGE
sont aniérés, moins ils sont civilisés, et moins on y trouve de barrières pour entraver les rapports avec l'étranger. Il y avait des gouvernements, il y avait des religions dans la plupart des îles du grand Océan : les Espagnols et les Portugais trouvèrent au Mexique, au Pérou, au Brésil, des empires régulièrement constitués, mais il n’y avait pas de barrières contre l’étranger. Les habitants de ces pays tentèrent de repousser les envahisseurs par la force, c’est que ces envahisseuis venaient comme des pillards et des voleurs, des incendiaires et des assassins. Ils auraient été reçus à bras ouverts s’ils étaient venus, armés seulement de ballots de marchandises pour les échanger contre les métaux précieux qui semblaient avoir été amassés pendant des siècles pour payer 1 initiation à la vie civilisée quand le jour serait venu. Si les peuples non civilisés n’élèvent aucune barrière contre l’étranger et ses produits, c est qu une sorte d instinct leur dit que le progrès leur viendra du dehors et que la civilisation s’inocule par la communion des idées, par l’échange des objets. Si certains gouvernements qui se disent civilises maintiennent les anciennes barrières élevées entre leurs peuples elles nations étrangères, c/est qu’ils redoutent la communion