‹ Les lois économiquesChapitre 176 sur 239 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

patriotes, c’est créer à la civilisation des entraves odieuses que d’élever des barrières entre lui et l’étranger.

Nous devons faire remarquer ici que l’échange avec l’étranger n’accroît pas la richesse d’un pays plus que ne l’accroît l’échange avec l’intérieur.

Tout achat ou toute vente librement consentie, se soldant par un profit réparti entre l’acheteur et le vendeur, il importe peu que cette vente ou cet achat soit fait avec un régnicole ou avec un étranger. Contrairement à l’opinion populaire, on peut même affirmer que toutes opérations de commerce faites entre régnieoles sont plus avantageuses au pays que celles effectuées avec l’étranger, parla raison que, dans le premier cas, tout le profit reste à l’intérieur et que, dans le second, une moitié du bénéfice appartient au dehors. Les richesses d’un pays s’accroissent par le travail de ses habitants sans aucun doute, mais elles ne se réalisent que par l’échange.

Que l’on n’aille pas conclure de cet aperçu sur la différence du profit résultant de l’échange à l’intérieur ou au dehors, qu’il puisse être le moins du monde désirable de favoriser le développement du premier aux dépens du se-

L’ÉCHANGE

cond. Si nous avons fait cette distinction entre le commerce avec les régnicoles et le commerce avec l’étranger, c’est que nous avons dû tenir compte des faits actuels, et que nous avons expliqué le phénomène au point de vue des préjugés qui parquent encore l’humanité en troupeaux plus ou moins nombreux.

En économie politique, il n’y a pas, il ne peut pas y avoir de nations, il n’y a que des travailleurs, des producteurs, des consommateurs; c’est dire que plus les échanges se feront facilement et promptement entre tous ces travailleurs, et plus le bien-être de tous s’accroîtra.

Le plus grand profit que peut retirer un pays de ses échanges à l’intérieur ne serait pas une raison d’ailleurs, même au point de vue si restreint du patriotisme, pour repousser ou simplement décourager les échanges avec l’étranger.

On ne vend ou achète au loin que si on ne trouve pas acheteur auprès de soi, ou vendeur à des conditions aussi faciles. On ne vend au loin que ce que l’on ne peut pas vendre au même prix à sa porte, de même que l’on n’achète au loin que les objets que l’on ne trouve pas dans son voisinage ou qui s’y vendent trop cher. Un pays ne peut faire trop d’échanges; il im-

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