‹ Les lois économiquesChapitre 179 sur 239 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

barbarie léthargique. 11 a fallu des siècles pour que l’humanité recouvrât tout le terrain qu’elle avait perdu.

Voyez ce que les Grecs d’Alexandre ont fait en Asie, ce que les Romains ont fait en Grèce, ce que les Francs ont fait dans les Gaules et les Espagnols dans les deux Amériques !

Telle a été l’aberration du génie humain que l’on a glorifié et chanté la guerre, que l’on a trouvé de la poésie dans le sang !

Puis, c’est à l’aide de la religion que l’on a cherché à inoculer la civilisation aux peuples restés à l’état sauvage. Mais presque partout on a voulu 1 imposer par la force , on l’a prêchée une hache dans une main et une torche dans l’autre ! L‘histoire vraie des conversions des peuples ne présente qu’une série interminable de massacres, d’incendies et de persécutions.

Eh bien! on a dépensé milliards sur milliards pour faire la guerre et payer des missionnaires, on a fait tuer des millions d’hommes sous l’un ou 1 autreprétexte,et on reste confondu d élonnernent quand, en embrassant le globe entier d’un coup d’œil, on voit quels résultats chétifs, ces armes et ces voix, cet or et ce sang ont obtenu après une si longue série de siècles! Y a-t-il un dixième

L’ÉCHANGE

des populations de la terre qui soit sorti des langes de la barbarie ? Y a-t-il un homme sur mille qui sache qu’il est doué d’intelligence et quel usage il en doit faire?

Depuis que les échanges se font sur tous les points du globe, cependant, depuis que l’Européen, l’homme civilisé va demander aux habitants des contrées les plus éloignées, des contrées où règne l’ignorance la plus profonde et la misère la plus poignante , les produits de leurs champs, de leurs forêts , de leurs mers ou de leur sol, les mœurs s’adoucissent, la paix se fait, le savoir se communique, le bien-être se développe, et l’on voit s’élever des points les plus obscurs les lueurs naissantes d’une prochaine civilisation. C’est qu’au lieu de s’adresser aux passions, à la faiblesse craintive ou à l’ignorance superstitieuse des hommes, on fait appel à leurs intérêts, on leur porte un certain bien-être immédiat, on leur apprend le prix du travail, et ils comprennent instinctivement comment la paix et les bons rapports entre les hommes doivent assurer leur bonheur et leur avancement.

L’Asie tout entière, depuis les mers du Japon jusqu’au golfe Persique, sort peu à peu du linceul qui la recouvre depuis tant de générations:

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