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CHAPITRE XVIII

Transportez où vous voudrez, dans les pays les plus fertiles et où la main-d’œuvre est au plus bas prix possible, où les taxes ne sont que nominales et les fermages sont au taux le plus modéré, en Pologne, en Yalachie, en Bessarabie, en Grimée, l’agriculteur le plus savant, le plus pratique, le plus habile et le plus riche de toute la Grande-Bretagne, dites-lui de labourer sa terre, de semer son grain, de le herser, de le moissonner avec des machines, de faucher et de faner ses foins à la mécanique, de battre ses gerbes, de hacher sa paille, ses fourrages et ses racines avec les instruments les mieux perfectionnés et les plus économiques, et malgré la qualité et la beauté de ses taureaux et de ses vaches de Durham ou d’Ayrshire, la finesse des toisons de ses dishley ou de ses southdowns, il sera complètement ruiné au bout de deux ou trois ans d’exploitation. Les capitaux cependant ne lui auront pas fait défaut ; il aura cultivé sa terre d’après les meilleures méthodes, il se sera occupé avec toute l’ardeur possible du drainage et de l’assainissement de son sol, et enfin de compte, il aura récolté des moissons fabuleusement riches ! Il sera ruiné, par la raison que le meilleur froment ne vaut que 8 à 10 francs

L ’ÀGftICULT OîtE .

l’hectolitre à Teniet-el-IIaad en Algérie, à Bender en Bessarabie , à Taganrock au fond de la mer d’Azoff et partout où la population est souffreteuse, clair-semée, sans industrie, sans commerce, sans moyens d’échanges. La population au milieu de laquelle il se sera trouvé n’aura pas pu lui ouvrir des débouchés proportionnels aux produits qu’il avait à lui offrir.

Une admirable loi économique veut que nous dépendions les uns des autres, que notre bienêtre, que notre progrès, que notre civilisation procèdentde nos échanges. C’est envertude cette loi que l’agriculture ne peut prospérer par ellemême, ne peut se suffire à elle-même.

Il faut à L agriculture d’autres consommateurs que ceux mêmes qui travaillent la terre , fertilisent le sol, se courbent sur les sillons et les arrosent de leurs sueurs. Il faut à l’agriculture les 1 débouchés qu’offrent les agglomérations urbaines, les grands centres de populations industrielles ; si elle ne les trouve pas dans son voisinage, elle va les chercher au loin et porte le bon marché et l’abondance là où sans elle régneraient la cherté et la rareté.

La consommation individuelle est des plus restreintes parmi les populations agricoles qui ne j,

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