CHAPITRE XVIII
figurent et 11e peuvent guère figurer dans le bilan économique que comme producteurs.
La preuve de ce fait se trouve dans le besoin qu’éprouvent tous les peuples purement agricoles de s’ouvrir pour leurs grains, pour leurs chanvres, pour leurs peaux, pour leurs laines et pour leurs suifs, des débouchés chez les nations industrielles. Et cela ne peut être autrement, car tout homme qui s’adonne exclusivement aux occupations agricoles, obéissant à son insu à la grande loi économique de la division du travail, fait sortir de cette loi tous ses effets, c’està dire que, retirant de son labeur beaucoup plus de produits du même genre qu’il ne peut en consommer, il est forcé de chercher des acheteurs parmi les producteurs industriels.
Si donc vos campagnes sont parsemées de villes industrieuses, si des cités commerçantes sont assises sur vos fleuves, si vos rivages ouvrent à tous les pavillons des ports de refuge et d’échanges, quelque stériles que soient naturellement vos champs, quelque marécageuses que soient vos plaines , quelque arides que soient vos dunes, vous les verrez se transformer sous les bras du cultivateur, se couvrir d’une végé-
L’AGRICULTURE
tation luxuriante, produit d’une agriculture savante et progressive.
Ruinez, au contraire, le commerce et l’industrie d’une nation, fermez ses ports et ses frontières, empêchez le développement de ses échanges et vous verrez son agriculture languir et dépérir tristement. Jetez les yeux sur la carte de l’Europe, car l’expérience confirme hautement la théorie, et voyez si les peuples les plus industriels , les plus commerçants, ne sont pas en même temps ceux chez lesquels l’agriculture a fait les progrès les plus remarquables.
Si l’agriculture française était dès avant 1789 inférieure à l’agriculture anglaise, c’est que dès alors l’industrie et le commerce de nos voisins étaient supérieurs à notre commerce et à notre industrie. Si depuis 1789 nous avons fait de notables progrès, c’est que la prospérité relative de notre commerce et de notre industrie a ouvert à nos producteurs agricoles mille débouchés qui leur faisaient défaut auparavant.
Si enfin notre agriculture est encore inférieure à celle des Anglais , si, selon toute probabilité, nous ne sommes arrivés qu’au point où ils étaient il y a un demi-siècle, c’est qu’ils ont progressé en même temps et du même pas que nous , et