CHAPITRE XVIII
ainsi, les capitaux fuiraient les terres, qui resteraient mal cultivées comme dans quelques-uns de nos départements et s’occuperaient exclusivement de commerce et d’industrie.
Il importe donc au progrès de l’agriculture que la liberté du crédit multipliant les capitaux abaisse le taux de la valeur locative de l’argent et que la liberté du commerce, multipliant le nombre des consommateurs non agricoles, ouvre de nouveaux et importants débouchés à ses produits.
Les législateurs ont jusqu’à présent cherché à favoriser le développement de l’agriculture en essayant d’encourager et de surexciter la production. La moindre étude des faits leur aurait appris cependant que la production s’accroît naturellement à mesure que la consommation s’étend ; il est donc inutile de l’aiguillonner. La consommation, au contraire, soit des produits industriels, soit des produits agricoles, ne suit pas toujours la marche de la production, surtout quand celleci est subventionnée, primée , protégée, privilégiée -. de là les crises commerciales, les encombrements, l’avilissement des prix, les ventes forcées et la ruine.
L’agriculture a besoin, comme l’industrie,
L’AGRICULTURE
d’une liberté d’allures absolue ; elle a besoin de la libre circulation de ses produits et de leur mise en consommation en toute franchise. Ce n est pas assez pour les intérêts agricoles, comme pour les intérêts industriels, que des mesures administratives ne viennent plus, comme au temps des corporations, imposer telles formes de travail, tel nombre d’apprentis à employer, tel laps de temps à employer ou tel objet à confectionner, il importe encore que les produits des champs ne soient pas plus taxés que les produits des usines et que leur consommation ne soit pas restreinte et entravée par une série d’impôts les frappant à la porte même du consommateur.
« Il faut, a dit Rousseau, beaucoup de philosophie pour observer ce que l’on voit tous les jours.» Ceci est si vrai qu’on nous demandera peut-être, mettant a part la taxe des vins, où sont ces impôts prélevés sur les produits agricoles, où sont ces droits qui restreignent la consommation des biens de la terre?
Hélas! telle est la mauvaise organisation administrative que nous ont léguée les siècles demibarbares du passé, qu’en regardant autour de nous, nous verrons par centaines et par milliers de véritables douanes intérieures qui perçoivent