‹ Les lois économiquesChapitre 20 sur 239 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

el qu’en outre la société met en réserve chaque année, sous une forme ou une autre, une certaine partie de la production pour former et accroître son capital et ses richesses. Il serait donc plus exact de dire qu’en thèse générale la production' est toujours supérieure à la consommation. Si chacun produisait pour lui-même, pour sa propre consommation, soit par le travail de ses bras, soit par l’effort de son intelligence, soit par l’aide que son capital peut donner au travail, ou bien enfin par le secours que son crédit peut apporter au capital, il pourrait y avoir, et il y aurait des inégalités de fortune, inégalités causées par celles qui se révèlent dans la force ou dans l’intelligence des hommes, mais il n’y aurait personne dans le besoin. Hâtons-nous d’ajouter cependant que ce ne serait pas l’âge d’or; car si le travail personnel suffisait à chacun, c’est que ses besoins seraient aussi limités que son ignorance serait complète. Il résulte de ces prémisses, dont on ne contestera pas la vérité, nous le croyons, que le nombre ou les besoins des consommateurs ne dépassent pas la puissance de production ou le nombre des travailleurs directs on indirects. Et, disons-le ici, afin qu'on ne se méprenne ni sur notre pensée, ni sur nos intentions : nous en-

tendons par travail direct celui qui sort des bras comme celui de l’agriculteur, du forgeron, du maçon, du filateur, du tisserand, du voiturier, ou qui procède de l’intelligence comme celui de l’instituteur, del’écrivain, et de ceux qui s’occupent d’hygiène, du maintien de l’ordre et de la distribution de la justice. Quant au travail indirect, dont les droits sont tout aussi sacrés, il provient de l’emploi du capital et de l’usage du crédit.

Les populations non privilégiées des siècles passés étaient dans la plus complète misère, parce qu’un grand nombre d’individus embrassaient forcément des professions improductives et se faisaient nourrir par le travail de quelques-uns : c’était presque le retour à l’esclavage des travailleurs. Les uns se faisaient routiers, malandrins, hommes d’armes; les autres se jetaient dans les monastères ; de sorte que le pauvre peuple, obligé de travailler pour lui et pour les autres, ne pouvait suffire à la peine.

Ce n’était pas l’ouvrage qui manquait , ce n’étaient pas les consommateurs qui faisaient défaut, mais cet ouvrage n’était pas rémunéré suffisamment et ne pouvait appeler à son aide ni le capital qui n’existait guère, ni le crédit qui n'existait pas du tout. Le travailleur produisait

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