CHAPITRE XVIII
Mais la vie du cultivateur telle que la faite l’insouciance des populations urbaines, mais la vie des habitants de la campagne telle qu’elle résulte de notre organisation administrative qui fait tout absorber par les villes, est ce qu’il y a de plus triste et de plus misérable sur terre. Il semblerait que les habitants des villes ont oublié combien ils sont solidaires et responsables du bien-être et de l’avancement des populations rurales.
Quoi! vous êtes là dix mille, vingt mille, cent mille, agglomérés sur un seul point, vous pouvez vous servir de ce puissant levier que donne la collectivité des forces, et au lieu de tendre la main à vos frères isolés, éparpillés dans les campagnes, non-seulement vous les abandonnez à leurs seules ressources , mais vous abusez de votre position pour infliger à ces malheureux le fardeau de vos dépenses de luxe, de vos frais de sûreté et d’hygiène, et parfois vous les contraignez à vous nourrir à bon marché !
Que l’on nous dise pourquoi les produits de 1 industrie manufacturière ne sont pas soumis aux mêmes taxes urbaines que les produits de 1 industrie agricole? Que l’on nous donne une raison valable de la différence du traitement des
L’AGRICULTURE
deux produits et nous retirerons les accusations d’injustice et d’oppression que nous venons de porter contre les populations des villes, mais | jusque-là nous les maintenons dans toute leur vérité, dans toute leur force.
Voulez-vous avoir une opinion vraie sur l’action des octrois? Soumettez la question à un comité d’agriculteurs, à un conseil de cultivateurs, et vous verrez si leur réponse est identique à celle des conseils composés de rentiers, d’industriels ou de marchands.
Cependant il est encore un point important à noter, c’est qu’à mesure que la civilisation s’avance, la culture doit se transformer. Les peuples en enfance, ceux qui mènent une vie nomade sont des peuples pasteurs ; les peuples qui naissent à la vie sédentaire et civilisée sont agriculteurs, aussi longtemps que l’espace ne fait pas défaut et que les besoins de la civilisation ne sont pas multipliés dans une très-forte proportion. Mais quand les richesses mobilières se sont largement accrues, quand la division du travail a fait surgir l’industrie, quand l’homme ne se contente plus de vivre de viande et de pain, qu’il éprouve mille besoins inconnus aux générations passées, la culture doit se modifier pour produire j