CHAPITRE XIX
de la guerre, c’est-à-dire de la violence, de l’appropriation plus ou moins avouée des deniers publics, c’est-à-dire de la ruse ou de l’injustice. A ce point de vue, saint Jérôme avait raison : toute richesse était injuste.
Le commerce, qui est une sorte d’industrie exercée par l’intelligence, permettait quelquefois d’amasser une fortune ; mais le commerce sans l’industrie manufacturière ne peut jamais prendre une grande extension, et le nombre de ceux qui s’y livraient restait toujours forcément restreint.
L’artisan qui, seul dans son réduit, tissait péniblement une longue pièce de toile, le potier qui moulait quelques vases, le charpentier qui assemblait les joints de meubles communs et grossiers, le forgeron qui façonnait quelques rudes outils, ne léguaient jamais à leurs enfants que les métiers ou les ustensiles dont ils s’étaient longtemps servis sans gagner autre chose que leur pain de tous les jours.
Voyez encore, même dans nos sociétés modernes, les travailleurs qui, dans nos bourgades, dans nos campagnes, dans nos villes mal peuplées, se livrent à des travaux manuels du genre de ceux que nous venons d’énumérer, et dites
L INDUSTRIE"
quelle est leur vie, quel est leur avenir ? S’élèventils jamais au-dessus du besoin? Ont-ils toujours le nécessaire? Hélas! non. C’est que le travail isolé ne donne et ne peut donner que des produits égaux à la consommation d’un homme, et qu’il n’y a que par la collectivité des effets et l’emploi des forces naturelles que la production peut dépasser la consommation.
L’avénement de l’industrie proprement dite a donc été un des plus grands bienfaits qui puissent advenir au travailleur, car elle lui a permis de produire plus qu’il ne consommait, c’est-àdire d’amasser un capital qui multiplie ses moyens d’action.
Nous sommes loin de prétendre que tout travailleur industriel puisse aujourd’hui économiser une partie de son produit, ou même que tout travailleur industriel soit toujours à l’abri du besoin, mais cela tient à des causes que nous expliquerons en traitant du paupérisme, et provient des entraves que rencontrent les producteurs dans le libre usage de leur travail, de leur capital, de leur crédit et de leur intelligence. Mais le plus simple bon sens nous dit que l’industrie manufacturière produisant beaucoup plus et à bien meilleur marché que le travail isolé et