‹ Les lois économiquesChapitre 204 sur 239 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

manuel, il doit y avoir des produits pour satisfaire aux besoins d’un plus grand nombre de consommateurs, et leur bas prix doit les rendre accessibles à une foule d’acheteurs qui précédemment étaient forcés de s’abstenir.

On dit, nous le savons, que les manufactures ayant ruiné les travailleurs manuels en les condamnant à l’inaction, le bon marché auquel elles produisent est dérisoire et mensonger !

Il est à remarquer, à cet égard, que peu d’artisans consomment leurs propres produits : les uns, comme ceux qui tissent le velours ou le satin, qui fabriquent des voitures ou de l’argenterie, n’en consomment pas la moindre partie ; les autres, comme ceux qui confectionnent des chaussures ou des coiffures, modèlent de la poterie ou façonnent des meubles, n’en emploient pour leur usage que des quantités insignifiantes; ce n’est donc pas par rapport à l’artisan lui-même que l’on doit considérer le bon marché des produits, ce bon marché n’a d’effet et ne peut en avoir qu’à l’égard de la masse des consommateurs. Ainsi le bon marché du coton filé par les machines n’est ni dérisoire ni mensonger pour l’ancien fileur à la main : si nous ne tenons compte que de sa consommation, ce bon marché

L’INDUSTRIE

lui est complètement indifférent, puisqu’il ne pouvait et ne peut encore en consommer ; mais si nous prenons la question au point de vue du salaire, le seul point de vue qui puisse intéresser j l’ouvrier, nous reconnaîtrons que l’avénement de j l’industrie manufacturière a fait élever partout le taux des salaires, a fait augmenter partout la somme de travail à répartir entre tous les producteurs.

Nous avons déjà eu occasion de le prouver quand nous avons traité des machines ; nous dirons donc seulement ici que si l’on en doutait, il suffirait de comparer ce que gagnent les quelques malheureux fileurs à la main que l’on rencontre encore dans la Bretagne avec ce que reçoivent les ouvriers de nos grandes filatures. Nous avons aussi eu occasion de montrer combien le nombre des travailleurs s’était accru depuis et par l’introduction des machines, c’est aujourd’hui un point hors de discussion sur lequel il est inutile de revenir. Disons seulement que la loi en vertu de laquelle la population s’accroît a pour corollaire et complément la loi, aux termes de laquelle les moyens de production doivent se multiplier pour que les produits ne fassent jamais défaut à la consommation.

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