CHAPITRE XIX
ion
paradoxe avec tous ses développements, car il condense sous une forme saisissante une foule d’accusalions souvent portées contre l’industrie. Nous disons que c’est un paradoxe, parce que tout le raisonnement est basé sur de fausses prémisses, en supposant qu’il faille de toute nécessité que le travailleur rachète, pour vivre, ou pour ne pas jeûner de cinq jours l’un, tout ce qu'il produit.
Nous disons que c’est un paradoxe, car si la France produisait par hypothèse, 20 milliards, et qu’elle fût obligée, pour vivre, ou ne pas jeûner de cinq jours l’un, de racheter ces produits 25 milliards, il y a longtemps qu’au lieu de s enrichir, la société se serait ruinée de fond en en comble, ou plutôt n’existerait plus.
Proudhon somme les économistes de lui démontrer la fausseté de son calcul ! Sa fausseté réside en ceci que les travailleurs ne sont pas les seuls producteurs qu’il y ait en France et dans les autres pays industriels; il y a encore les forces naturelles mécaniques et animales, comme la force hydraulique, la force du vent, celle de la vapeur, du cheval ou du bœuf, du levier, et mille autres de ce genre qui viennent au secours de l’ouvrier et multiplient ses
L’INDUSTRIE
forces. Avec l’aide de ces auxiliaires, le travailleur produit, deux, trois, quatre ou cinq fois plus que s’il n’avait que ses bras ; il n’est donc pas indispensable, pour qu’il vive, pour qu’il économise même, que son salaire puisse racheter tout son produit.
L’emploi des forces naturelles multipliant les produits diminue leur coût de production, de sorte que si, par hypothèse, le cultivateur reçoit pour son travail une moyenne de 3 francs par jour, il peut, avec les deux tiers ou les trois quarts de cette somme, racheter une partie de ses produits suffisante pour qu’il vive.
Voici donc ce qui a lieu : en France, 20 millions de travailleurs, répandus dans toutes les branches de la science, de l’art et de l’industrie, j produisent toutes les choses utiles à la vie de l’homme ; la somme de leurs journées égale chaque année, par hypothèse, 20 milliards ; I mais à cause de l’emploi qu’ils ont fait des forces : et agents naturels et mécaniques, tels que chutes d’eau, pistons de cylindres, manivelles, bancs-àbroches mull-jennys, laminoirs, cardes mécaniques et autres innombrables, ils ont produit une' valeur, toujours par hypothèse, égale à 25 mil- ! liards. Tous ces produits dépassent de beaucoup