CHAPITRE XIX
elair-semés et peu nombreux ; elle n'y est pas nécessaire et, n’y étant pas nécessaire, elle n’y est pas possible.
Elle n’y est pas nécessaire, parce que chacun se suffît forcément et presque entièrement à luimême; il n’y a presque pas de division de travail. L’étendue des distances que les travailleurs auraient à parcourir isolément pour se procurer le produit des autres offre des inconvénients presque insurmontables et leur ferait perdre un temps précieux qu’ils peuvent employer plus avantageusement à fabriquer eux-mêmes à peu près tout ce dont ils ont besoin. Dans les pays dont les habitants sont peu nombreux, on éprouve moins de besoins, parce qu’on est dans lsim~ possibilité absolue de les satisfaire ; mais que l’on ne croie pas que cette absence de besoins soit une source de bonheur; car alors le bonheur consisterait dans l’apathie des sens, dans la léthargie de l’intelligence, et cela n’est pas.
Il est une foule de produits de l’industrie complètement inconnus, non-seulement chez les nations à demi civilisées comme les Arabes, les Perses, les Tartares, mais encore chez ceux qui sont entrés dans la voie du progrès, comme les Espagnols, les Suédois, les Norwégiens et autres
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dont les populations ne sont pas suffisamment agglomérées. C’est dans les grands centres urbains que l’industrie trouve ses meilleurs et plus rapides débouchés, quoiqu’elle crée certains produits en vue seulement des populations rurales ou peu avancées en civilisation.
L’industrie n’est possible que chez les peuples nombreux, chez les peuples où les travailleurs de tout état et de tout métier, de toute occupation et de toute profession, se trouvent pour ainsi dire porte à porte, parce qu’elle n’est possible qu’avec > la division du travail et que les producteurs doivent pouvoir se procurer facilement toutes les ma- ■ tières, tous les outils, tous les instruments, tout le capital et tout le concours dont ils ont incessamment besoin.
C’est pour avoir perdu de vue ce principe que tant d’établissements fondés dans des contrées mal peuplées ont succombé malgré la proximité des débouchés et le bon marché de la maind’œuvre. Il n’est pour ainsi dire pas de branche d’industrie qui puisse réellement prospérer isolément ; aussi vous voyez tous les centres industriels renfermer des usines de tous les genres, des manufactures de produits tous différents les uns des autres. Ily a comme une certaine solida-