CHAPITRE XIX
rité entre les divers établissements. Les transports en commun se font à meilleur compte; le combustible ou la force motrice sobtient plus aisément ; les réparations des engins et des machines étant plus promptes et plus faciles, les chômages forcés sont moins longs ou moins fréquents; les travailleurs de tout genre s’embauchent à point nommé, et le crédit mieux établi s’y obtient à meilleur compte.
Les difficultés que l’on rencontre à créer des centres d’industrie montrent toute l’inanité des efforts que font certains gouvernements pour implanter parmi leurs gouvernés des industries qui n’ont aucune raison d’être et qui ne végètent qu’au prix de sacrifices inouïs. Sans aucun doute, on est à plusieurs reprises parvenu à vaincre la nature , mais n’aurait-il pas mieux valu suivre ses errements et ses inspirations ?
Suivant nous, Sully avait raison contre Henri IV quand il s’opposait aux dépenses que ce roi voulait faire pour introduire administrativement la culture du mûrier dans nos provinces. Cette culture a réussi, il est vrai, mais combien a-t-elle coûté? Suivant nous, encore, Colbert semait des causes de ruine et de misère en établissant à grands frais des manufactures de toutes sortes,
L’INDUSTRIE
des fabriques de tout genre : usines et manufactures ont prospéré, dit-on ; mais à quel prix? qui dira ce qu’ont coûté de peines, de misères et de privations au pauvre peuple les sommes énormes que ce ministre distribuait si volontiers à ses établissements favoris?
On a attribué les terribles misères des populations, dans les dernières années du règne de Louis XIV, aux folles et monstrueuses dépenses qu’il fit à Versailles, à Trianon , à Marly, et aux débours énormes de ses longues et coupables guerres ■ nous croyons que si quelque jour on recherche sérieusement les vraies causes de ces misères, et si on les découvre toutes, on reconnaîtra qu’une grande partie provenait des fausses et ruineuses entreprises de Colbert.
On n’enrichit pas un peuple en lui faisant payer de lourdes taxes pour les répandre çà et là en pluie d’or.
Laissez faire les échanges, laissez faire l’industrie; donnez toute liberté au travail, au capital, au crédit et à l’intelligence, et vous verrez se fonder toutes les usines que comporteront les besoins et les facultés du pays, vous verrez s’établir toutes les manufactures que pourront ali-