‹ Les lois économiquesChapitre 214 sur 239 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

Cependant certains économistes, moralistes et publicistes, se sont souvent effrayés des conséquences possibles de la surabondance des populations, et ils se sont parfois demandé s’il ne serait pas possible de modifier les tendances du genre humain et suspendre administrativement l’action des lois de la nature! Ainsi, il en est qui, pour limiter l’accroissement continu de la population, ont voulu que la période d’allaitement des enfants fût portée d’un an à trois ans au moins, comme si la loi humaine pouvait s immiscer aux mystères intimes de la vie de famille, comme si l’homme, depuis sa naissance jusqu a sa mort, n’était que matière a législation !

Nous n’avons pas, on le conçoit, à nous occuper des plans ni des systèmes des théoriciens qui veulent refaire la nature et croient pouvoir inventer des lois plus sages que celles qui règlent, depuis le principe des temps, l’ordre, 1 action et les rapports sociaux de l’humanité tout entière.

Mais à côté de ce système paradoxal, il en est un autre que l’on a souvent préconisé et qui consisterait à limiter les mariages, en interdisant à certaines catégories d'employés de contracter union, en exigeant la preuve que l’on possède certains moyens de subsister, et enfin en reçu-

418 LA POPULATION

lant l’âge auquel on peut légalement fonder aujourd’hui une famille.

Si nous croyions que le monde est le produit du hasard, ou qu’il a été créé par un être aux vues bornées et aux conceptions fausses et trompeuses, c’est-à-dire que si nous pensions que la population s'augmente outre mesure et qu’il n’y aura bientôt plus place au soleil pour tout le monde, nous pourrions discuter sérieusement cette question ; mais comme il nous est démontré de la manière la plus évidente que l’accroissement continu de la population est une preuve de force et de vigueur, comme nous disons avec M. de Lamennais : « Il y a place pour tous sur la terre, et Dieu l’a rendue assez féconde pour fournir abondamment aux besoinsdetous, » nous laisserons les fauteurs de ce système discuter entre eux sur les diverses catégories d’individus auxquels on doit interdire le mariage, en n’oubliant pas de faire observer qu’ils se gardent bien les uns et les autres d’admettre une catégorie dans laquelle ils auraient chance d’être compris.

Oui, la terre peut fournir abondamment aux besoins des multitudes qui la peuplent, et s’il en était autrement, ce serait plutôt dans la liberté que dans les restrictions que se trouveraient les

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