CHAPITRE XX
remèdes. Nous laisserons les partisans du célibat obligatoire s’extasier devant des inepties comme celle d’Orthès, moine camaldule italien, qui, écrivant à la fin du dix-huitième siècle sur l’économie politique, s’écriait : «L’abstinence volontaire du mariage chez l’homme est la preuve de la sublimité de son être et de sa raison ! »
Nous ne pouvons assez admirer, pour notre part, combien facilement ces pieux prôneurs du célibat oublient et transgressent la première et la plus solennelle des lois qu’ils trouvent dans les livres fondamentaux de leur religion : Croissez et multipliez !
Toutes les fois qu’une nation cesse de croître et de multiplier, c’est que l’heure de sa décadence est venue; c’est quelle a violé et viole encore quelques-uns des grands principes constitutifs de toute société, quelques-unes des lois fondamentales de l’économie politique.
Si les Indiens des missions des jésuites au Paraguay, auxquels on ne prescrivait qu’un travail modéré, et qui avaient en abondance toutes espèces de subsistances, présentaient le triste et curieux phénomène d’une décroissance continue de population, c’est que l’homme n’est pas une machine dont tous les actes et tous les mouve-
LA POPULATION
ments puissent être invariablement réglés à l’avance, c’est que les hommes diffèrent essentiellement entre eux, que le poison de l’un peut être le salut de l’autre, et qu’en formulant les bases de leur communauté, les jésuites, comme certains réformateurs modernes, oubliaient de laisser à l’homme sa liberté et son individualité.
La population ne s’accroît qu’en raison de la liberté dont jouit l’homme.
Si aujourd’hui la population noire de la Réunion tend à disparaître et disparaît rapidement dans l’oisiveté, c’est que le travail est une nécessité pour l’homme et que les races qui ne travaillent pas s’étiolent, décroissent et disparaissent : elles n’ont rien à faire sur terre, le temps les moissonne.
La population s’accroît toujours en raison de son travail : c’est dire qu’elle s’accroît en raison des produits et qu’il s’établit une exacte proportion entre la production et la population.
Disons ici que les plaintes et les lamentations que l’on entend s’élever ça et là sur l’accroissement excessif delà population, ne datent ni d’aujourd’hui, ni d’hier; elles sont presque vieilles comme le monde. Toute l’antiquité est pleine de doléances sur ce point; ce ne sont à certaines