‹ Les lois économiquesChapitre 216 sur 239 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

époques qu’émigration d’une part et invasion de l’autre pour rétablir l’équilibre menacé. Sur la fin du quinzième siècle, l’Angleterre se crut trop peuplée, et ce fut à l’excès de sa population que l’on attribua les difficultés inhérentes aux transitions sociales qu elle subissait alors. Le moine Orthès, dont nous venons de parler, vivait il y a trois quarts de siècle; Arthur Youny, qui trouvait la France beaucoup trop peuplée, y voyageait en 1790, alors qu’ elle ne comptait que vingt-trois à vingt-quatre millions d’habitants. Malthus luimême, quand il jeta son fameux cri d alarme, faisait partie d’une population qui s’est doublée depuis lui.

Les lois économiques doivent rassurer les plus timides; la terre produit et produira en abondance toutes les choses nécessaires aux besoins de ses habitants ; seulement il importe de ne pas dire aux hommes : Ne vous inquiétez point, au sujet de votre vie, de quoi vous vous nourrirez, ni, au sujet de votre corps, de quoi vous vous habillerez. Il faut de toute nécessité, au contraire, que l'homme travaille, qu’il produise, qu’il amasse, c’est à ce prix-là seulement qu il peut consommer.

11 existe une loi économique en vertu de la-

42 2 la population.

quelle la population s’accroissant et se multipliant, 1 étendue du rayon dans lequel elle s’appiovisionne se développe progressivement.

Quand le chiffre de la population est faible, le rayon d’approvisionnement est restreint, à mesuie que les nombres de la population s’élèvent, le rayon s’accroît et ses limites se reculent de plus en plus.

On peut suivre ce progrès pas à pas, en marquer les degrés et compter les étapes, jusqu’au jour où, comme dans le temps actuel, les nations étant devenues plus nombreuses que jamais, les besoins des hommes s’étant en même temps multipliés, le commerce et l’échange doivent venir en aide à la production locale et tirer de toutes les parties du monde les innombrables objets nécessaires à la consommation.

Si nous prenons les sociétés humaines dès leur principe, nous voyons çà et là une peuplade ou une tribu vivre des produits de ses champs et de ses troupeaux, de sa chasse ou de sa pêche.

L industrie est alors toute domestique : on se couvre de fourrures, ou bien les femmes filent et lissent les toisons que fournissent les brebis. Le commerce n’existe pas.

Cependant les temps s’écoulent, la tribu aug-

Page 1