CHAPITRE XX
lions d’habitants, trouve chaque matin une quantité suffisante de pain, de lait, de sucre et de thé pour le déjeuner de son innombrable population, ils auraient infailliblement rejeté l’erreur si regrettable dans laquelle ils sont tombés. Londres et Paris sont là pour nous prouver que la population ne se mesure pas, ne se compte pas, ne se limite pas sur l’étendue ou la superficie du territoire quelle occupe.
Les lois de l’économie politique n’ont aucun égard aux divisions arbitraires que les hommes ont tracées entre eux ; elles s’étendent et agissent sur le monde entier, elles influent sur toutes les races, elles existent dans toutes les latitudes et sont de tous les temps.
En économie politique, comme en morale, il n’y a pas de nations, il y a des hommes, il y a l’humanité.
Que venez-vous nous parler d’une population trop nombreuse, d’une population qu'il faille décimer, ou tout au moins dont il faille arrêter le développement! Est-ce que Dieu ou la nature ontparquéleshommes dansdes cases d’échiquier, ont élevé des barrières infranchissables pour clôturer hermétiquement chaque famille, chaque race dans un coin de terre, sans plus et sans moins?
LA POPULATION
Est-ce qu’il y a dans les espaces éthérés des corps dont les mouvements gênent ceux des autres?
Est-ce qu’il y a, dans la vie végétale, des plantes ou des arbustes auxquels le soleil refuse sa chaleur, l’air ses principes vivifiants, l’eau sa féconde humidité ou la terre ses sucs nourrissants ?
Est-ce qu’il y a, dans la composition organique des corps, des substances qui ne peuvent s’amalgamer avec aucune autre ou dont la présence soit une cause infaillible, insurmontable, de ruine et de destruction?
Nous ne pouvons le croire, l’étude et l’expérience nous prouvent tous les jours le contraire.
Et voyez comme toutes les lois économiques s’harmonisent! La loi de la population entraîne celle de la division du travail, celle des échanges, celle de la propriété, celle de la civilisation, de la collectivité des forces, de la solidarité, elle détermine la liberté du travail, la liberté du capital, la liberté du crédit, la liberté de l’intelligence ; car sans elles la multiplication des peuples est une source de misère, de ruine et de mort.