CHAPITRE XXI
se soit jamais vu auparavant , ni qu’il en soit ainsi nulle part ailleurs.
Croyez-vous que racornissement de la population des villes ait eu lieu par le seul fait de la supériorité du nombre des naissances sur celui des décès, et que le dépeuplement relatif des campagnes soit le résultat d’extinction de familles ou de races? Cela ne pourrait avoir lieu sans proclamer de la manière la plus éclatante la supériorité morale et physique des populations urbaines sur celles des campagnes. Mais cette supériorité, qui pour nous ne fait pas le moindre doute, n’est pas la seule raison déterminante de ce phénomène • il y a eu à côté de l’extinction graduelle de certaines familles et de l’accroissement continu de certaines autres, un déplacement incessant de population qui a refoulé dans les villes tous ceux des habitants de la campagne qui vivaient au jour le jour du salaire de leurs bras. Les faubourgs des grandes villes industrielles ont reçu cette population, qui, dans son exode que n’a raconté aucun Moïse, est allée accroître les agglomérations urbaines.
Cependant le déplacement de la population est un fait, surtout en Angleterre : est-il un progrès ?
LE PAUPÉRISME
Oui, évidemment; nous n’en voulons pour preuve que l’accroissement régulier, continu, du total général de la population.
Quand la situation morale d’un peuple, quand son bien-être matériel ne s’accroît pas, le mouvement de la population subit un temps d’arrêt, ou même devient rétrograde. Voyez dans tous les États les effets d’une période de famine, voyez encore chez les nations immobiles de l’Orient l’immuabilité du chiffre de leur population.
Ainsi, le paupérisme constaté en Angleterre a été la suite du déplacement graduel et continu des pauvres de la campagne. Plus l’industrie a prospéré et plus le paupérisme a semblé s’accroître, parce que le travail urbain offrant une plus grande attraction à la population des champs, elle affluait de plus en plus dans les villes. Aujourd’hui, ce mouvement de déplacement est à peu près achevé et le paupérisme décroît.
Répétons-le cependant ici : le paupérisme existait à l’état latent mais chronique dans les campagnes; il était là, et il y est encore non apparent, car dans aucun pays du monde, que nous sachions, on ne constate officiellement les