CHAPITRE XXL
maux et les misères inhérents aux populations agricoles. Les campagnes ignorent leurs pauvres; c’est involontairement, nous le savons, mais enfin elles les laissent souffrir, car on n’entend pas les plaintes et les soupirs isolés.
Les villes, au contraire, comptent leurs indigents, elles les inscrivent et leur donnent des secours ; la charité légale montre le mal, mais ce n’est pas elle qui le crée.
Le paupérisme que l’on signale en Belgique provient d’un déplacement de population tout pareil à celui dout nous avons montré les effets en Angleterre. Le paupérisme constaté officiellement en France n’a pas d’autres sources, n’a pas d’autres causes. Interrogez la plupart des ouvriers, et vous verrez que le plus grand nombre d’entre eux sont fils ou petits-fils d’habitants de la campagne venus à la ville pour y chercher du travail et du pain.
Il est cependant une remarque importante que nous devons faire ici : par suite de cette déplorable infraction aux lois économiques que l’on appelle le droit d’aînesse, la propriété du sol en Angleterre est concentrée dans un très-petit nombre de mains. Le travailleur qui le cultive, ne le cultive qu’à titre de colon, de métayer ou
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de fermier; une grande partie de ses produits va donc défrayer les loisirs d’un petit nombre d’hommes. Il en résulte qu’il n’y a place dans la campagne que pour un petit nombre de travailleurs : c’est pour cela que le déplacement s’est effectué avec une si grande rapidité chez nos voisins.
Aussitôt que l’industrie a semblé offrir une chance de travail et d’avenir, des millions de familles souffreteuses ont déserté les champs où, par suite d’une constitution sociale vicieuse, elles étaient de trop.
Notre situation économique diffère de celle de nos voisins en ceci : qu’une grande partie de ceux qui cultivent la terre la cultivent pour leur propre compte, que les produits sont pour ainsi dire partagés sur place entre les travailleurs. La population agricole trouve donc plus d’attrait au travail rural, et elle émigre moins vers les villes. Des recherches faites avec soin nous ont prouvé que les campagnes ne donnent aux villes qu’un tiers environ de l’excédant de population qu’elles acquièrent chaque année. Elle ne se réduit donc pas, mais elle s’accroît moins rapidement que celle des villes à cause de ce léger déplacement continu que nous constatons.