CHAPITRE XXL
Si on le contestait, nous citerions toutes ces grandes villes industrielles : Saint-Étienne, Saint Quentin, Tarare, Mulhouse, Roubaix, Sainte- Marie-aux-Mines et vingt autres qui n’étaient, il y a un quart de siècle, que des bourgs ou bourgades, et qui comptent aujourd’hui leurs habitants par dizaines de mille. D’où provient cet accroissement presque instantané de population, sinon de cet exode mystérieux qui marquera dans l’histoire de l’humanité?
Tout ceci était déjà écrit quand, en étudiant l’excellent livre deM. A. Husson sur Les consommations de Paris , nous y avons trouvé une preuve irrécusable de notre théorie sur les causes du paupérisme.
« Les ménages secourus, est-il dit à la page 34, sont au nombre de 29,142.
« Les chefs de ménage sont classés, selon leur
origine, comme ci-après :
Nés à Paris, 7,937
Nés hors Paris, dans le département de la Seine, 1,368
Nés hors Paris ÿ dans les autres départements, 18,405
Nés en pays étrangers, 1,432
Ainsi donc, le déplacement de la population
LE PAUPÉRISME
dont nous parlons a grossi de 21,205 le nombre des indigents parisiens inscrits, c’est-à-dire que les trois quarts des pauvres secourus sont étrangers à la localité.
Cette immigration dans les villes des populations souffreteuses affecte jusqu’à un certain degré le bien-être de la population urbaine ellemême ; le contact de la misère est fatal à un certain nombre d’individus se trouvant irrévocablement attirés et retenus dans sa sphère d’influence et d’action.
Nous connaissons une petite ville de Normandie, où, il y a quinze ans, il n’existait ni usines, ni fabriques. Pont-Lévêque avait la proportion habituelle de gens relativement aisés et de gens relativement pauvres; excepté aux jours de foire et de marché, excepté encore sous le porche de l’église, on n’y voyait pas de mendiants. Il s’y est établi, depuis quelques années, une ou deux filatures de coton, et tout aussitôt le paupérisme est apparu.
Eh bien! faites une enquête, voyez d’où sortent ces pauvres, d’où ils viennent, et vous verrez qu’ils ont abandonné les campagnes environnantes, campagnes riches cependant, pour venii s’établir auprès de l’usine, aux abords de la fa-