CHAPITRE XXI
brique, dans l’espoir qu’ elles leur donneront de l’ouvrage, un salaire et la vie plus aisée.
La pauvreté est toujours relative. Le pauvre . anglais qui reçoit des secours de sa paroisse est riche relativement au pauvre irlandais qui ne vit que de charité; le pauvre anglais qui reçoit des secours de sa paroisse est riche comparativement au paysan russe qui vit dans une sorte de communisme et d’esclavage.
Le pauvre, inscrit sur les registres des bureaux de bienfaisance de nos villes de fabriques, mène une vie moins souffreteuse que le paysan presque dénué de tout, qui n’a ni fortune, ni travail, ni secours.
Il en coûte sans doute plus cher pour vivre à la ville que pour végéter à la campagne, mais le travail y est mieux rémunéré, et quand le salaire ne vient pas, la charité légale y supplée en partie. Malgré l’opinion contraire qui prévaut généralement, nous maintenons que les salaires sont insuffisants à la campagne : de là cette misère incessante qui se déverse sur les villes.
Dans l’état actuel de l’agriculture, il ne peut pas se faire qu’il en soit autrement ; nous allons dire pourquoi.
Quand l’homme travaille de ses bras, et de ses
LE PAUPÉRISME
bras seulement, ses produits ne dépassent pas sa consommation -, à mesure qu’il fait usage de quelques outils ou de quelques instruments, sa production augmente sans que sa consommation s’accroisse dans la même proportion. Le jour où il emploie des agents naturels, des machines et des mécaniques, il obtient des produits beaucoup plus considérables qui dépassent de très-loin le chiffre de sa consommation. Or, le travailleur, dans quelque condition de production qu’il se trouve, est rémunéré en raison exacte de ce qu’il produit. Il en résulte que l’ouvrier des champs qui ne fait aucun usage de machines ou de mécaniques, qui n’appelle à son aide aucune force naturelle, excepté celles qui restent toujours non rétribuées, comme la chaleur du soleil, l’humidité ou la fertilité du sol, l’air et autres agents de végétation, ne peut produire autant, au delà de sa consommation , que l’ouvrier des ■ usines qui travaille avec le concours de forces mécaniques et d’une foule d’agents naturels.
Si la production agricole se faisait à l’aide de machines et de mécaniques, la part qui reviendrait à chaque travailleur, abstraction faite de celle afférente aux machines, c’est-à-dire au capital, serait plus considérable que celle qu’il