CHAPITRE XXI
répoque où Ton a, pour la première fois, compté les heures à l’aide d’un cadran.
Est-ce que les invasions et les inondations, les famines et les pestes ne laissaient pas derrière elles, comme aujourd’hui, une foule de misères irréparables? N’était-ce pas une effroyable misère que celle des ilotes réduits à être les jouets, les esclaves et les victimes des Spartiates? N’était-ce pas une douleur sans nom que celle des populations israélites traînées en captivité à Babylone?
Mais dans des temps plus rapprochés, si les prédicateurs du christianisme insistèrent si vivement sur la nécessité de la charité, n’était-ce *pas que l’exercice de cette vertu était un des plus grands et des plus impérieux besoins de l’époque ?
Croit-on que les populations pussent être dans une bien grande aisance quand, au dire de Pline, la moitié de l’Afrique romaine se trouvait partagée entre SIX propriétaires?
Quand Dioclétien inventa le maximum , c’était évidemment pour arrêter un débordement de misères, que les institutions, les guerres et le despotisme grossissaient à l’envi. Si l’empereur Julien essaya de nouveau de cette fausse et funeste mesure, n’était-ce pas parce que les souf-
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frances des peuples étaient aussi générales que profondes?
On n’a pas recours à ces moyens dans des périodes de bien-être et d’abondance.
Plus tard, l’empereur Héraclius accorda une subvention annuelle de six cents livres d’or pour maintenir à Constantinople le pain à un prix modéré. N’y a-t-il pas dans cette institution une preuve irrécusable de misères poignantes et continues dans la population de cette grande ville?
Nous n’en finirions pas si nous voulions rapporter tous les faits qui constatent l’ existence de la misère aux temps passés ; il nous serait même facile de prouver que la misère était alors la règle, et que le bien-être n’était que l’ exception. Disons seulement que si nous avons rappelé les édits de Dioclétien et de Julien sur le maximum et celui d’ Héraclius sur une subvention à la boulangerie, c’est que nous avons voulu montrer que la Convention n’avait pas inventé les mesures qu’elle prit dans le but d’arrêter la hausse des denrées et que l’on ne doit pas baser trop d’espérances sur Faction de la caisse de la boulangerie ; car, on le voit, le système n’est pas nouveau, il a été essayé et n’a guère duré plus que son inventeur.