CHAPITRE XXII
tel ou tel objet de première et de seconde nécessité. Le soleil ne luisait pas pour tout le monde, il fallait que les uns fussent à l’ombre pour que les autres s’épanouissent sous ses chauds rayons.
Tout notre système économique légal, système artificiel s’il en fut, a été combiné de manière à créer dans le pays la plus grande quantité de travail possible : c’était dans l’idée des inventeurs le meilleur moyen d’activer la production. A cet effet, on a établi des taxes à l’importation, on a mis des difficultés au transit, et on a frappé un grand nombre d’articles de prohibitions absolues; on a voulu forcer le pays à produire tout ce qu’il consomme. On ne s’est pas inquiété si les obstacles que l’on imaginait auraient ou n’auraient pas pour résultat de rendre la vie plus chère et plus difficile, d’infliger des privations à un petit nombre ou à une multitude de consommateurs.
Les législateurs se sont dit : L’homme consomme aujourd’hui tel ou tel objet; tel ou tel article entre dans la nomenclature des besoins actuels ; nous pourrions nous procurer à peu de frais et à peu de peine cet article ou cet objet chez nos voisins du Nord ou du Midi, mais que deviendrait notre production? Il faut entraver
LA PRODUCTION
les rapports qui nous permettraient de satisfaire aussi facilement nos désirs ou nos besoins; il faut créer du travail parmi nous à tout prix, il faut développer notre production : en conséquence, nul ne pourra consommer telle ou telle marchandise si elle n’est le produit du pays!
Au lieu donc de suivre la voie la plus droite et la plus économique , on a pris la ligne courbe, le moyen le plus onéreux, et l’on a dit à qui a voulu l’entendre : « travaillez, produisez ! » sans prendre garde que l’on disait en même temps au plus grand nombre : « abstenez-vous de consommer !»
Est-ce donc le travail qu’il importe de créer, d’exagérer? Non, car alors il faudrait proscrire les machines, et les forces naturelles et la collectivité, tous ces puissants moyens de production.
L’homme est sans doute forcé par sa nature à travailler ; mais ne semble-t-il pas que le premier devoir de tout législateur est de faciliter à ses administrés une vie aussi facile que possible et de leur assurer, de la manière la plus économique, autant de bien-être que la nature humaine * en comporte?
Ainsi, rien de plus funeste, nous n’hésitons pas à le dire, que toutes ces législations au moyen J