CHAPITRE XXII
desquelles on a voulu forcer le travail pour accroître la production ; elles n'ont pu avoir d’autre résultat que d’augmenter la rareté en haussant les prix de revient; elles n’ont pu avoir d’autres conséquences que de réduire le nombre des consommateurs en élevant, au delà des moyens des plus malheureux, le coût des choses nécessaires a la vie.
C’est ce qu’il nous sera facile de démontrer en étudiant ce qui se passe en agriculture quand on veut accroître la production à coups de lois protectrices, d’ordonnances prohibitives. Nous prenons l'agriculture comme exemple, dans l’espoir que la preuve paraîtra plus convaincante; car nous aurions pu choisir tout aussi bien quelque branche que ce soit de l’industrie, notre démonstration serait arrivée forcément aux mêmes conséquences.
Quand un territoire est régulièrement occupé, quand une population nombreuse le couvre, la culture ne s’étend qu’aux terres d’une certaine puissance productive; le capital engagé, les moyens de production employés sont, les uns et les autres, toujours proportionnels aux moyens de consommation que possède la population. Dans un pays très-riche et très-peuplé il y aura
LA PRODUCTION
une plus grande proportion de terres cultivées, et la culture y sera plus coûteuse que dans un pays pauvre et mal peuplé.
Parcourez l'Angleterre, à peine \ trou vous une parcelle, un coin, une langue de t laissée inculte; jetez les yeux autour de vous France, et vous verrez çà et là de larges étendues de terrain non cultivées et pour ainsi dire abandonnées. Étudiez ensuite les autres contrées de l’Europe moins riches et moins peuplées que la France, et vous y rencontrerez d’immenses districts où l’on ne laboure pas , où l’on ne sème pas, où l’on ne récolte pas.
Prenez le rendement en produits agricoles de chacune de ces trois classes de pays et vous aurez un rendement plus fort en Angleterre qu’en France, plus fort en France que dans les, autres pays. Appliquez la protection dans le but; de forcer la production autant que vous voudrez, et vous n’augmenterez pas d’un grain le rendement le plus bas, ni le rendement le plus haut.
Si tous les siècles qui se sont passés antérieurement à la révolution ne le prouvaient pas outre mesure pour la France, les quarante années qui se sont écoulées depuis que la Restauration