‹ Les lois économiquesChapitre 24 sur 239 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

nom, a été un mal parce que Ton a cru jusqu'à ces derniers jours, que l'homme ne pouvait fonder son avancement, élever son bonheur, que sur l'exploitation plus ou moins déguisée de son semblable, parce que Fon a cru qu’il ne pouvait trouver la satisfaction de ses appétits légitimes, qu’en sacrifiant à son intérêt le présent et l’avenir de ses frères. L’égoïsme ainsi compris entraînait l’homme à pratiquer tout genre d’oppression, à commettre toutes sortes d’injustices: c’est ce sentiment porté à son plus haut degré d’expansion, en deçà de l’effusion du sang, qui a fait imaginer l’esclavage, puis le servage. C’est ce sentiment mal compris , qui, encore aujourd’hui, ici ou là, fait maintenir toutes ces barrières prétendues morales, toutes ces entraves prétendues protectrices, qui détruisent chez les uns la liberté du travail, amoindrissent ou suppriment chez les autres les droits de l’intelligence, empêchent chez ceux-ci la formation du capital, arrêtent chez ceux-là le développement du crédit.

A partir de 1789, cependant, un grand pas a été fait, un pas irrévocable et décisif qui, fatalement et inévitablement, ouvre la porte à la mise en pratique, à l’application prochaine de

toutes les libertés que réclame l’économie politique.

Ce pas, nous devons l’indiquer : le maître disait autrefois à l’esclave, le chef fédoal disait au serf, le roi disait au sujet, si je réclame ton travail, si je m’attribue tout ce que tu produis, c est pour ma plus grande gloire, c’est pour mon avantage personnel, c’est qu’ ainsi le veut mon bon plaisir -, et si je te laisse une pitance suffisante pour t’empêcher de mourir de faim, c’est qu il est de mon intérêt individuel que tu vives.

Cela est si vrai que partout le maître avait droit de vie et de mort sur l’esclave, le baron vendait son serf comme son bétail, le roi pendait son sujet pour un chevreuil ou un lapin.

Aujourd’hui, pour faire accepter les entraves qui limitent la liberté du travail, du capital, du crédit et de l’intelligence, on est obligé de les présenter comme imaginées pour le bonheur commun, comme établies dans l’intérêt de tous. L’égoïsme individuel, comme l’égoïsme collectif des classes et des castes, se déguise et prend le masque non moins trompeur de l’intérêt national.

Que l’on y prenne garde, c’est là la pierre d’achoppement des peuples modernes.

Page 1