CHAPITRE I
L’économie politique prouve que l’homme trouve plus d’aisance et de bien-être en rendant justice à son semblable qu’en violant sa liberté et ses droits, l’économie politique prouve en même temps que les nations ne peuvent prospérer et s’enrichir qu’en respectant les libertés de toute nature et les droits de tout genre des autres peuples. Elle affirme en un mot, qu’il y a accord parfait entre l’équité et l’intérêt, entre l’utile et le juste, et négligeant les abstractions pour s’en tenir aux réalités, elle démontre avec une exactitude toute mathématique que si les intérêts légitimes trouvent leur satisfaction la plus complète dans la voie de la justice, les appétits injustes ne peuvent se satisfaire qu’au prix des ruines et de la misère du plus grand nombre.
Mais nous devons le répéter encore, il importe que tous ces intérêts restent distincts, que l’individualité de l’homme ne s’efface pas dans la collectivité, autrement sa liberté disparaîtrait en même temps que sa responsabilité, il cesserait d’avoir aucune valeur morale, pour tomber dans le marasme, dans l’indifférence, dans une passivité inerte et pour ainsi dire mécanique.
L’absorption des forces physiques ou intellectuelles de tous au profit d’un amalgame général
des intérêts individuels, ne serait autre chose que l’esclavage universel sous un autre nom, de même que cette absorption des forces de quelques-uns au profit de certains intérêts privés, distincts de l’intérêt général, serait un retour plus ou moins déguisé à l’ancien servage. C’est pour cela que d’une part l’économie politique condamne irrévocablement le communisme et ses dérivés des temps passés, les corporations exclusives et spéciales, et que de l’autre elle jette l’anathème le plus formel à toute institution qui supprime ou limite la liberté du travail de l'homme, les droits de son intelligence, la puissance de son capital ou l’élasticité de son crédit.
L’économie politique ne demande à l’homme ni vertus surhumaines ni sacrifices pénibles et coûteux : elle ne lui impose aucune croyance incompatible avec la raison, elle ne lui enseigne aucun dogme incompréhensible, elle ne s'appuie sur aucune subtilité scolastique ou métaphysique, mais elle peut résumer toutes ses doctrines dans cette maxime vieille comme le monde : Ne fais pas à autrui ce que tu ne voudrais pas qu’il te fasse. C’est en appliquant celte maxime à tous les actes de la vie humaine, qu'elle prétend assurer à tous un bien-