CHAPITRE II
voilà les quatre grandes sources du travail, voilà les quatre puissances qui triompheront de la misère.
Tout travail doit être libre quand il ne blesse ni les lois de la morale, ni les intérêts légitimes des autres travailleurs. Tout homme a le droit de travailler; toute entrave artificielle, tout empêchement imaginé par les hommes, sous prétexte de mieux répartir ou de régulariser le travail, est donc illégitime et radicalement nuisible, il n'est pas un privilège commercial, il n’est pas un monopole industriel qui ne soit une source de misère et de souffrances pour quelques-uns. La liberté seule peut satisfaire tous les droits, subvenir à tous les besoins.
Ce n’est ni la volonté de quelques-uns, ni les passions plus ou moins avouables de l’homme qui peuvent ou doivent le forcer de s’adonner au travail, c’est son intérêt seul, l’intérêt de sa conservation, de son bien-être, et ce motif est toujours assez puissant. Nous l’avons dit, l’intérêt individuel est parfaitement harmonique avec l’intérêt général : en travaillant à son bien-être personnel, on travaille en même temps au développement de l’aisance collective.
Ce serait une erreur de croire que l’homme
LE TRAVAIL
peut se suffire à lui-même. Le travailleur le plus actif, le plus adroit, le plus entreprenant et le plus prospère, a besoin du travail des autres. L’intelligence, nous l’avons dit, ne peut rien sans les bras ; la tête et la main sont impuissantes sans le capital qui lui-même est incomplet sans le crédit. C’est sur l’harmonie de ces quatre forces que doivent reposer toutes les sociétés, ou plutôt que doit se fonder le bienêtre de la grande famille humaine.
A côté du travail individuel, il y a sans aucun doute le travail collectif : à côté de la force ou du génie personnel, il y a cette force immense qui résulte de X union et de V harmonie des travailleurs, de la convergence et de la simultanéité de leurs efforts : le produit de cette force ne se paie et ne peut pas se payer en salaires, ni en produits tangibles et directs. C’est un service collectif que la société paie par des services collectifs.
Deux cents hommes feront en trente jours un navire de cinq cents tonneaux : deux hommes travaillant trois mille jours seraient loin d’obtenir le même résultat. Il y a donc une certaine puissance dans la collectivité, puissance qui donne des produits que l’on n’obtient pas d’une autre