‹ Les lois économiquesChapitre 30 sur 239 · CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL

manière. Mais ces produits ne peuvent être payés que par des produits analogues ou équivalents. Or, c’est ce qui a toujours lieu, car le navire de cinq cents tonneaux rend des services que Von ne saurait attendre des innombrables petites barques que deux hommes pourraient construire en trois mille journées de travail.

La force collective donne des produits indirects qui sont toujours payés par des services indirects. Et notez que cette collectivité n’a rien coûté à ceux qui en ont fait usage, ni dépense de force, ni dépense de temps, ni dépense de matière : c’est une force qui sort du sein de la société et qui profite à la société tout entière.

Le travailleur n’a donc droit qu’à la rémunération du travail de ses bras, de l’œuvre de son génie, de l’emploi de son capital et de son crédit : il ne peut prétendre qu’à la part de produits qu’il a créés en dehors de l’aide que lui a fourni la so ciété et que lui a donné la nature. La société et la nature donnent leur concours gratuitement, et toutes les fois qu’ elles interviennent dans le travail, c’est pour faciliter et accroître la production. Qui donc oserait se mettre à leur lieu et place et demander la rémunération de leurs services ?

Ce serait, qu’on nous permette de le dire, un

LE TRAVAIL

vol fait à la société. À mesure que le travail intellectuel de l'homme s’est développé, il a appelé au secours de ses bras certaines forces naturelles parfaitement improductives avant l’emploi qu’il en a su faire. Il a, par exemple, utilisé les eaux pour porter des fardeaux ; il a inventé et perfectionné la navigation; il a employé l’air comme force motrice ; il a demandé à la chaleur de lui fondre des métaux, de les couler, de les aplatir, de les souder; puis il a eu recours à l’eau comme puissance motrice et il l’a vaporisée pour dégager l’autre force qu’elle contenait en outre sous cette nouvelle forme; il a fait plus, il a découvert des agents invisibles dont il ignore même la nature, qu’il ne connaît que par leur action et il les a soumis à sa volonté pour les faire travailler à son lieu et place.

La part que prennent aujourd’hui tous ces admirables agents naturels dans le travail que dirige et dont s’occupe l’homme, dépasse immensément celle qui ressort exclusivement de l’emploi de ses mains. Si, en d’autres termes, l’homme n’avait que ses bras et ses mains pour travailler et rendre la terre féconde, il ne produirait pas la millionième partie de ce que donne aujourd’hui son labeur secondé par les forces na-

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