CHAPITRE I
que beaucoup de citadins, que quand une chose est rare elle est toujours chère si elle est demandée, et que quand un produit est abondant il est toujours à bon marché. Il se serait informé de la quantité de clous et du nombre de sabots apportés au marché, et il n’aurait pas plus pensé au temps passé ou à la dépense faite pour fabriquer les uns ou les autres, qu’aux neiges ou aux pluies du temps de Charlemagne.
Demandez donc au paysan s’il établit le prix de son blé sur le temps qu’il a passé à le produire et le temps que l’acheteur a mis à rassembler l’argent qu’il va lui payer?
S’il n’y avait dans un village qu’une paire de sabots et qu’il y eut en même temps cent mille douzaines de clous, la paire de sabots vaudrait plus de clous que dans tel autre village où il existerait au contraire cent mille paires de sabots et seulement deux ou trois clous.
Si le temps passé à la production d’un article, si la dépense occasionnée par les travaux que nécessite cette production, constituaient seuls les éléments de la valeur, il arriverait ceci : que le blé, par exemple, ne changerait jamais de valeur, quelle que fût son abondance ou sa rareté; car il faut toujours le même nombre de mois et
de jours pour labourer, herser, semer, sarcler et récolter, comme il faut toujours la même dépense de travail pour défoncer le sol, le fumer, Téchardonner, et amener les gerbes du champ jusqu’au grenier.
Rien n est plus facile au reste que d’imaginer pour toutes les sciences des questions à peu près insolubles par leur nature, par l’étrangeté et rincohérence de leurs termes.
Que si nous demandions à un astronome quelle est la différence de pesanteur spécifique entre l’atmosphère terrestre et la seconde atmosphère solaire : que si nous demandions à un physicien pourquoi l’eau se refroidissant, acquiert plus de densité à mesure qu’elle descend vers 4° centigrades et commence à perdre de sa densité à partir de ce degré ; pourquoi, en d’autres termes, le maximum de la densité de l’eau ne correspond pas avec son maximum de température : que si nous demandions à un chimiste de nous extraire directement du sol et de l’atmosphère les éléments primitifs de la matière saccharine que la végétation y élabore incessamment • nous embarrasserions probablement, au point où en sont les sciences, le chimiste, le physicien et l’astronome, mais serions-nous en droit de conclure