CHAPITRE III
servent pas toujours et partout une certaine valeur échangeable. C’est quils représentent des travaux antérieurs du fait de l’homme, et quelaterre à l’état inculte, la terre vierge est une des forces naturelles auxquelles le travail de l’homme seulement peut donner une valeur.
Il est incontestable qu’après un certain laps de temps une partie du capital ou du travail dépensé par les générations antérieures tombe dans le domaine public. Ainsi, aujourd’hui, en Europe, les dépenses faites autrefois pour l’acclimatation des plantes et la domestication des animaux destinés à l’alimentation ou au labeur, cessent d’être rémunérées. Le pépiniériste qui nous vend des pêchers et des cerisiers, l’éleveur de bestiaux, ne peuvent faire figurer dans leurs comptes de dépenses à recouvrer les frais encourus pour la première acclimatation de ces arbres, ou pour réduire le bœuf et le mouton à la domesticité, et si vous analysez le prix de vente de ces produits, vous n y trouverez rien qui y ressemble.
Le travail accumulé ou le capital possédant donc une valeur échangeable, il importe de détruire toutes les entraves qui peuvent s’opposer à sa formation. Ces entraves ne sont autres que celles qui pourraient être élevées, à l’encontre du
LE CAPITAL
travail, de l’instruction, des sciences et de la securité. C’est parce que ces entraves ont été en partie détruites depuis un demi-siècle que nous avons vu le capital s’accumuler dans une proportion plus rapide que jamais : c’est qu’il faut au travail, du savoir, de la sécurité et de la liberté.
Le capital n’étant autre chose, ainsi que nous venons de le démontrer, que la représentation et 1 accumulation, sous une forme ou sous une autre, de certains travaux antérieurs économisés, il ne peut avoir et il n’a d’autre fonction dans l’économie sociale que de faciliter et d’activer la production, en permettant le développement des forces latentes et gratuites de la société et de la nature.
Ainsi prenez tel outil, tel instrument ou telle machine que vous voudrez; remontez à l’origine de cette machine, de cet instrument ou de cet outil; étudiez leur usage, analysez leur fonction ou leur puissance, et vous reconnaîtrez en toute occasion qu’ils représentent une certaine accumulation de travaux antérieurs, dont l’emploi a permis à 1 homme desubstituer quelqu’une des forces latentes et mystérieuses de la nature à l’action musculaire de ses bras. Cela est vrai de la simple brouette comme de la machine à tarauder, cela