‹ Les lois économiquesChapitre 45 sur 239 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

à toute époque et partout, l’équivalent de ses travaux ou de ses services.

Les espèces d’or et d’argent représentent donc le crédit que certains travailleurs font à la société : elles sont dans les mains de producteurs qui ont rendu des services et qui ajournent leur consommation de services équivalents. Qu’y at-il donc dans cet ajournement, dans ce crédit fait à la société qui mérite le blâme, qui puisse autoriser les violentes et haineuses dénonciations que nous avons parfois entendues ?

Il est incontestable que, sous une forme ou sous une autre, le capital rendant des services en facilitant les travaux, accroissant leur produit, a droit à une rémunération librement débattue chaque fois qu’il est employé. Mais voulez-vous un exemple des services que rend le capital jusque dans les industries les plus simples, celles qui semblent n’exiger que la vigueur des bras et des jambes?

C’était un des jours de la semaine passée. Un de ces commissionnaires qui stationnent au coin des rues pour louer leurs bras, leurs jambes, leur discrétion et leur connaissance intime des divers quartiers parisiens, avait été chargé de porter une assez grande quantité de marchandises à l'une

LE CAPITAL

des stations de chemin de fer les plus éloignées. La besogne menaçait d'être rude et fatigante, car les colis étaient lourds et nombreux. Notre homme réfléchit sur ce qu’il y avait à faire pour diminuer le labeur sans trop réduire le salaire, et, tout bien considéré, il trouva qu’à n’employer que ses bras et ses jambes, la nuit serait venue avant qu’il eût pu porter sur son crochet la moitié seulement du lot qui lui avait été confié. Lui fallait-il refuser le travail qui venait s’offrir, ou bien appeler quelque confrère à son aide?

Le commissionnaire savait calculer : il se dit que toute la besogne lui serait payée six francs, mais que s’il engageait un compagnon ou deux, il ne lui en resterait que quatre ou peut-être deux. Que faire cependant ? Tout à coup il lui vint une idée, il y a tout près d’ici, se dit-il, un capitaliste qui a employé une partie de ses fonds à faire construire des voitures à bras, qu’il loue à tantpar jour. Ces sortes d’entreprises de transport n’étant pas encore monopolisées, ce n’est pas cher, et avec une de ces voitures la besogne peut être faite en un tour demain.

11 alla donc prendre à loyer une partie du capital du propriétaire des voitures à bras et, quand il rendit ce véhicule vers le soir, il paya de bon

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