CHAPITRE III
à la production et onéreuse aux travailleurs, au lieu d’être, comme nous l'avons vu, un moyen d’accroître leurs forces et de réduire incessamment ce qu’il y a de pénible, de repoussant et d’ingrat dans leur labeur, nous dirions comme certains publicistes : Le capital est une plante gourmande et parasite, c’est un chancre vorace qu’il faut extirper du sein de la société. Mais il n’en est pas ainsi : Nous connaissons maintenant son origine, sa nature, sa raison d’être, sa fonction, il nous reste à rechercher quels sont ses droits.
On a dit pour contester ces droits : Nous ne nions par que le marteau et l'enclume représentent des capitaux, mais ces capitaux sont de leur nature improductifs, car l’enclume et le marteau, sans forgeron et sans fer ne forgent pas ; le moulin sans meunier et sans grain ne moud pas. Mettez ensemble des outils et des matières premières; jetez une charrue sur un sol fertile; montez une forge, allumez le feu et fermez la boutique, vous ne produirez rien.
C’est vrai; mais si le capital représenté par les outils, les instruments et les matières premières, n’a pas droit à une rémunération parce qu’il ne produit pas sans le secours du bras de l'homme,
LE CAPITAL
que répondrez-vous au logicien qui viendrait vous dire : Demandez à un forgeron qui n’a ni marteau, ni enclume, ni fer, ni forge, ni houille, de vous ferrer votre cheval, de vous fabriquer un soc ou une bêche ; demandez au garçon meunier qui n’a ni moulin, ni grain, de vous fournir de la farine ; priez un valet de ferme de labourer , herser et ensemencer un champ, sans charrue, herse ni semences ; jetez l’homme seul, avec ses bras, sans outils et sans matières premières , autrement dit sans capital, où vous voudrez, et dites-nous ce qu’il aura produit au bout de la journée, au bout du mois, au bout de l’an !
Résulte-t-il de ce que dans son isolement l’homme ne peut pour ainsi dire rien produire qu’il ne doive pas être rémunéré de son travail quand il a emprunté l’aide du capital ? Si vous osez répondre par l’affirmative à cette question, vous avez raison, le capital n’a droit à aucune rétribution. Mais si vous reconnaissez que le forgeron ne peut ferrer votre cheval sans s’aider du travail antérieur accumulé, représenté par les outils, la forge, la houille et le fer; si vous reconnaissez encore que le secours qu’il emprunte au capital ne lui ravit pas tous droits à une juste rémunération, nous vous demande-