CHAPITRE III
que celles qui règlent le mouvement diurne ou annuel des corps célestes.
Mais, dira-t-on, il peut fabriquer de la monnaie de papier qui ne lui coûte rien, qui repose sur le crédit : il peut donc la distribuer, la répartir gratuitement.
Nous viendrons plus tard aux questions relatives au crédit et à la monnaie; nous dirons seulement ici que l’État ne peut créer de monnaie fiduciaire, ou de valeurs en papier que dans la limite de son crédit; que s’il jouit d’un grand crédit, c’est justement parce qu’il n’a pas recours à l’idée de vouloir créer un capital fictif. Le jour où l’on dirait aux travailleurs : Accourez! voici des capitaux gratuits, achetez-vous des outils, des machines, des matières premières et fabriquez, on leur donnerait tout simplement des chiffons de papier sans valeur aucune, à cause même de leur gratuité. Nous allons au reste revenir en partie sur ce sujet en traitant de la valeur.
Ce n’est pas l’homme qui a voulu que les capitaux fussent rémunérés : il y a là l’effet d’une loi économique que nous ne pouvons pas mettre à l’écart et que nous ne saurions trop admirer. Le christianisme a voulu frapper de réprobation
LE CAPITAL
la rémunération du capital métallique, le fermage ou le louage des produits représentés par des espèces monnayées : dix huit siècles et plus ont prouvé que le christianisme s’était trompé. En vain les conciles, les pères, les prophètes, les papes, les casuistes et les prédicateurs ontils appelé le bras séculier à leur aide pour faire condamner par les tribunaux séculiers l’intérêt prélevé sur les prêts, sur les avances , sur les dettes, intérêt qu’ils anathématisaient comme contraire à la loi de Dieu; le bon sens et la vérité ont triomphé, car ainsi le voulait le principe économique d’après lequel le capital est du travail , et tout travail mérite salaire.
Il est encore un point relatif au capital que nous ne pouvons passer ici sous silence, mais à l’occasion duquel nous ne dirons que quelques mots, car nous aurons occasion d’y revenir. Dans l’aperçu que nous avons ‘donné de l’économie politique, nous avons insisté à plusieurs reprises sur les avantages que retirerait la société de la liberté du travail, de la liberté de l’intelligence, de celle du capital et du crédit.
Nous entendons par liberté du capital l’absence complète de toute intervention légale ou administrative pour la fixation du prix du capi-