CHAPITRE IV
ou par la prévoyance qu’il peut satisfaire , comme les rentes sur l’État, les terres et immeubles de toute nature, la valeur est alors variable et relative. Cependant, dans tous ces cas elle dépend de la rareté ou de l'abondance des objets et suit l’écart qui existe entre l’offre et /là demande.
L’utilité des choses peut donner une certaine permanence à leur valeur ; mais les choses les plus utiles peuvent être absolument sans valeur, c’est lorsqu’elles ne peuvent devenir un objet d’échange; quand il ne peut y avoir offre d’un côté et demande de l’autre.
Rien n’est plus utile que l’eau, rien n’est plus utile que l’air : l’eau présente parfois uné valeur échangeable, qui n’est cependant jamais proportionnelle à son utilité ; l’air, commun à tous, est toujours sans valeur, car il n’est jamais l’objet d’un échange. D’un autre côté, une chose est pareillement sans valeur, quelle que soit la quantité de travail nécessaire pour la production, si elle n’offre aucune utilité, si elle ne procure aucun plaisir, si elle n*est l’ohjet d’aucune demande.
Ainsi nos verres à vitre sont absolument sans valeur dans les pays où la chaleur du climat
LA VALEUR
force les habitants à se contenter de volets à claire-voie pour clore leurs croisées. Les patins ne sont Tobjet d'aucune demande au Brésil ou à la Havane, où, s’il gèle quelquefois, la glace est trop faible pour porter des patineurs.
Tout ce qui n’est pas l'objet d’une demande est donc une chose sans valeur ; tout ce qui trouve un acheteur possède une valeur.
Ainsi, rien au monde de plus inutile que le diamant : inutile aux arts, inutile aux sciences, inutile au point de vue des besoins de l'homme, le diamant cependant possède une grande valeur échangeable, parce qu’il semble utile au plaisir, à la vanité de quelques femmes et indispensable à leur bonheur. C’est cette utilité, toute mensongère qu’elle est, qui, causant une demande hors de toute proportion avec la produc-» tion du diamant, lui donne tout son prix, fait toute sa valeur.
La valeur, avons-mous dit, n’est pas proportionnelle à la quantité de travail nécessaire pour la production de l’objet : un seul exemple suffira pour le prouver.
En 1845, la France produisit environ 80 millions d’hectolitres de froment. Dix ans se sont écoulés, nous avons eu des années de rareté et